Médias - Le petit monde des emprunteurs

Le dossier «Silence religieux» présenté hier soir à l'émission Enquête de Radio-Canada a-t-il plagié le reportage «Brothers Stand Accused» de Sue Montgomery paru en décembre 2008 dans The Gazette? Après tout, le sujet est le même et les mêmes intervenants s'y retrouvent.

«Je ne sais pas si c'est du plagiat, je ne sais pas si c'est du vol, mais je pense que c'est malhonnête», répond au Devoir la journaliste qui a documenté les scandales pédophiles étouffés pendant des années par la congrégation de Sainte-Croix, celle du collège Notre-Dame. Ce travail lui a valu le prix Judith-Jasmin de l'enquête 2009.

«Ça me laisse sans voix, ajoute Mme Montgomery après avoir visionné le long reportage. En gros, Radio-Canada a reproduit mon histoire avec des images.»

The Gazette va porter plainte pour «malhonnêteté» et pour «manque d'éthique journalistique» auprès de Radio-Canada (RC) et du Conseil de presse du Québec, le tribunal d'honneur de la profession. Sue Montgomery dit que pour rajouter à sa frustration, elle a aidé l'équipe d'Enquête, notamment pour interviewer le principal témoin. Elle souhaitait ainsi «aider les victimes» en diffusant plus largement cette triste histoire.

«Je tombe des nues. [...] Ce n'est pas notre façon de faire, de plagier le travail de quelqu'un d'autre et de ne pas donner le crédit», réplique Alain Kémeid, rédacteur en chef d'Enquête. Il souligne que l'introduction à l'émission de l'animateur Alain Gravel — diffusée hier soir, mais enregistrée il y a une semaine — mentionnait clairement que The Gazette a été «la première à sortir cette histoire».

Le reporter Normand Grondin explique avoir rencontré Mme Montgomery en allant chercher son propre prix Judith-Jasmin en 2009 (pour la nouvelle dans son cas). «Ce n'est pas pour rien qu'elle a gagné le prix, dit-il. Mais c'est le seul contact que j'ai eu avec Sue Montgomery. Elle ne m'a pas fourni de documents.»

M. Grondin a ensuite mené sa propre enquête. Il dit par exemple avoir convaincu lui-même les témoins à témoigner; avoir développé lui-même l'histoire du frère Claude Hurtubise, y compris en caméra cachée; avoir déniché par lui-même des documents inédits. «L'histoire de Sue Montgomery remonte à deux ans et n'a pas fait de vagues, résume-t-il. Je croyais qu'elle serait contente.»

La principale intéressée s'est dite au contraire frustrée par l'absence de reconnaissance claire dans le long Silence religieux. Le plus court reportage diffusé mercredi soir au Téléjournal comme les documents promotionnels de RC ont encore plus laissé croire à l'exclusivité. Dans son blogue, Alain Gravel présentait hier le «reportage-choc» comme une «histoire que nous avons exposée», sans jamais citer Sue Montgomery.

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