Le Devoir, c'est moi - L'art de faire bonne impression

Même si son association formelle avec Le Devoir par l’entremise de l’Imprimerie Dumont a cessé il y aura bientôt 40 ans, Henri Duhamel en est toujours demeuré proche.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Même si son association formelle avec Le Devoir par l’entremise de l’Imprimerie Dumont a cessé il y aura bientôt 40 ans, Henri Duhamel en est toujours demeuré proche.

Faire partie du Devoir, c'est y travailler, l'appuyer, le lire assidûment. De cette communauté, qui s'est construite depuis 100 ans, nous avons retenu quelques portraits. Chaque lundi, jusqu'en décembre, nous vous présenterons un lecteur, une lectrice, du Québec comme d'ailleurs, abonné récent ou fidèle d'entre les fidèles, à qui l'on doit parfois une fière chandelle!

Par un beau soir du milieu des années 1960 — la date exacte se révèle impossible à trouver —, Le Devoir est en train d'être imprimé sur ses propres presses lorsqu'un bris mécanique survient. La chose n'a guère de quoi étonner compte tenu de l'âge vénérable du matériel, mais il faut faire vite pour sauver les meubles: moins de 1000 exemplaires du journal ont pu être produits avant la défectuosité.

Un appel d'urgence est fait à l'Imprimerie Dumont, sise à LaSalle, une entreprise familiale fondée quelques années plus tôt par les frères Jacques, Henri, Guy, Paul, Robert et Maurice Duhamel et qui dispose de matériel à la fine pointe de la technologie existante. À 23h, l'arrêt de presses rotatives à procédé offset est ordonné pour qu'on puisse imprimer le quotidien. Dès 7h le lendemain matin, 14 000 exemplaires sont livrés. «Ce fut un sauvetage in extremis», se souvient Henri Duhamel.

«La qualité de l'impression a émerveillé la direction et les gens de la salle de rédaction, ajoute-t-il. Les lecteurs et les annonceurs n'ont eu que des commentaires positifs pour cette "nouvelle façon" de faire les choses.»

Forte de ce succès, l'Imprimerie Dumont — contraction de «Duhamel» et «Montréal» — pressent la possibilité que Le Devoir veuille trouver une solution permanente à ses problèmes récurrents en confiant le travail d'impression à un atelier externe. Elle offre ses services, et des discussions s'amorcent, qui dureront quelques mois.

Syndicat exigé!

«Nous avons trouvé un terrain d'entente en ce qui concerne l'aspect technique de la production, mais le directeur du Devoir à l'époque, Claude Ryan, est ensuite arrivé avec une condition inattendue: il a exigé que notre personnel soit syndiqué. Nos employés avaient d'excellentes conditions de travail et aucune demande de syndicalisation n'avait jamais été faite», dit M. Duhamel.

De nouveaux pourparlers s'engagent, à l'intérieur de l'Imprimerie Dumont cette fois. Après qu'on eut obtenu le consentement des employés, trois organisations syndicales sont invitées à présenter leurs services. Les travailleurs choisiront finalement d'adhérer à l'International Printing Pressmen Union of America et, en juin 1967, Dumont décroche le contrat d'impression du Devoir.

«Les résultats positifs n'ont pas tardé à se manifester, relate M. Duhamel. Après la première année, le journal a réalisé un profit, une première dans son histoire. Et il a remporté de nombreux prix pour sa présentation graphique, la qualité de l'impression et la reproduction des couleurs. Et pour nous, chez Dumont, Le Devoir était notre fleuron.»

Près de six ans après son association avec le quotidien, en 1972, l'Imprimerie Dumont est vendue à Quebecor (qui imprime toujours le journal). Mais même si son association formelle avec Le Devoir a cessé il y aura bientôt 40 ans, Henri Duhamel en est toujours demeuré proche.

«Je le lis depuis toujours, depuis les années 1940, mentionne-t-il. À l'atelier de mon père, qui était aussi imprimeur, on le recevait, et on le rapportait le soir à la maison.» Il s'est par la suite abonné.

Ce qu'il apprécie particulièrement? À peu près tout, lui qui s'intéresse, justement, à tout en matière d'affaires publiques: informations internationales, actualités politiques, nouvelles municipales. Et son oeil d'expert voit que la présentation typographique est excellente.

Il loue en outre la grande qualité des éditoriaux qui ne s'est jamais démentie au fil des ans. «Le Devoir a toujours été à l'avant-garde sur le plan des idées», souligne-t-il.