Médias - Quebecor Media menace le Conseil de presse

Le torchon brûle de plus en plus fort entre Quebecor Media et le Conseil de presse du Québec (CPQ). L'empire médiatique menace le tribunal d'honneur de la profession journalistique de poursuites et d'une demande d'injonction s'il persiste à examiner des plaintes sur le travail de ses différents médias.

Quebecor a annoncé le retrait du Journal de Montréal et du Journal de Québec du Conseil de presse fin juin en invoquant «la faiblesse des motifs justifiant les décisions, leur caractère arbitraire et leur absence de rigueur». Le réseau TVA, autre propriété de Quebecor, ne répond pas plus du Conseil. Le boycottage de l'organisme par ces médias et l'agence QMI exclurait de la mécanique d'autorégulation environ 40 % de l'information produite au Québec.

Le CPQ défend «le droit du public à une information de qualité». L'organisme sans but lucratif fondé en 1973 examine les plaintes touchant le travail journalistique.

Le nouveau coup de semonce de Quebecor Media est servi dans une lettre datée du 17 août, missive officielle signée par Bernard Pageau, directeur des affaires juridiques de l'entreprise. Le texte dont Le Devoir a obtenu copie réagit à l'ouverture d'un dossier par le CPQ à la suite d'une plainte déposée par Martin Bisaillon et RueFrontenac (site des lockoutés du Journal de Montréal) contre Stéphane Malhomme de l'Agence QMI et Le Journal. La plainte, toujours à l'étude, concerne un cas présumé de plagiat d'un article préalablement diffusé par le site ruefrontenac.com.

«Ces deux sociétés [l'Agence QMI et Le Journal de Montréal] s'opposent à ce que le Conseil traite cette plainte de quelque manière que ce soit, écrit M. Pageau. Elles ne formuleront aucun commentaire sur cette plainte que le Conseil n'a aucun droit de traiter.»

Suivent les menaces. «Soyez avisé que les deux sociétés rendront responsables le Conseil de presse et ses administrateurs pour tout dommage qu'elles et/ou leurs employés pourraient subir à la suite de toute action du Conseil», ajoute le texte qui se termine en indiquant qu'elles «réservent aussi leur droit de recourir à une procédure d'injonction».

Le CPQ est décrit comme «un organisme privé» qui «n'a aucune juridiction ou droit de se prononcer sur cette plainte». Quebecor Media n'a pas voulu commenter, jugeant la lettre de Me Pageau «suffisamment explicite».

Le Conseil ne s'en laisse pas imposer. «Notre opinion est très claire et très calme: nous avons tout à fait le droit d'analyser les plaintes [concernant] n'importe quel média, dit Guy Amyot, secrétaire général du CPQ. Le contenu de cette lettre n'est pas fondé. C'est une tentative d'intimidation à laquelle nous ne répondrons pas.»

Il rappelle que Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec sont devenus membres du CPQ en 2002 et s'en sont retirés en juin 2010. Or, le Conseil étudiait les plaintes concernant ces médias et d'autres de Quebecor avant et pendant cette période. «Nous avons rendu des décisions en leur absence, dit encore le secrétaire général. Ils sont devenus membres et nous avons rendu des décisions en leur présence. Ils s'en vont et nous allons encore rendre des décisions en leur absence.»

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