Technologie - Apple entrouvre la porte pour accueillir Flash

En mai, Adobe s’était offert une pleine page du San Francisco Chronicle pour protester contre la décision d’Apple de tenir Flash à l’écart.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Justin Sullivan / Getty Images En mai, Adobe s’était offert une pleine page du San Francisco Chronicle pour protester contre la décision d’Apple de tenir Flash à l’écart.

Habituellement très sûr de lui, d'une confiance qui frôle parfois l'arrogance, Steve Jobs n'est pas homme à changer d'avis. Les volte-face, les virages à 180 degrés, très peu pour lui. C'est pourtant ce que la compagnie qu'il dirige a fait, jeudi dernier, en annonçant un assouplissement des règles de développement d'applications pour ses appareils mobiles, ouvrant ainsi la voie à l'utilisation de Flash par les développeurs.

Cette décision, bien reçue par Adobe, la compagnie qui possède la plateforme Flash, ouvre une brèche dans la position intransigeante que défendait jusque-là Jobs. Il y a environ quatre mois, le verdict du patron d'Apple semblait sans appel: «Flash a été créé à l'ère de l'ordinateur personnel, pour des ordinateurs et des souris. L'ère du mobile demande des appareils à faible consommation d'énergie, des interfaces tactiles et des standards Web ouverts, trois domaines où Flash est déficient», écrivait Steve Jobs dans une lettre publique justifiant la décision d'ignorer l'application d'Adobe en ce qui touche l'iPhone, l'iTouch et l'iPad, les trois appareils mobiles d'Apple. À entendre Jobs, Flash était tout à fait dépassé.

Que s'est-il passé pour que l'omnipotent patron de la compagnie à la pomme change d'idée, pour qu'il trouve son chemin de Damas? Si tant est qu'il ait vraiment changé d'idée.

Un avantage comparatif en faveur d'Android


Le vrai concurrent d'Apple dans cette histoire n'est pas Adobe, une compagnie minuscule par rapport au géant de Cupertino (des revenus annuels de 3,3 milliards dans un cas et de 55 milliards dans l'autre), mais Google. Or Google, qui entend occuper le terrain défriché par Apple dans le domaine de la téléphonie mobile, a justement intégré à son système d'exploitation pour téléphone intelligent Android, un module Flash permettant de livrer du contenu généré par la plateforme d'Adobe.

Une étude toute récente de Gardner attribue à Android, lancé en 2008, près de 18 % du marché du cellulaire cette année. Un bond prodigieux depuis les 4 % de 2009. Le système d'exploitation Symbian de Nokia occupe encore le haut de pavé avec 40 %, en baisse de près de 7 % depuis 2009. RIM, le fabricant canadien du BlackBerry, occuperait 17,5 % du marché et Apple 15,4 %. Gartner prédit qu'à ce rythme, Android talonnera Symbian dans quelques années. Dans ce contexte, Apple ne veut pas prendre le risque de continuer à ignorer complètement Flash et à donner à Android un avantage comparatif.

L'épée de Damoclès

Un autre facteur qui a certainement joué dans le changement de cap d'Apple est la possibilité que la compagnie soit sanctionnée par la Federal Trade Commission (FTC) pour pratiques anticoncurrentielles à la suite d'une plainte d'Adobe. Jeter du lest maintenant au sujet de Flash fait certainement moins mal, et est moins humiliant, que se voir forcer de le faire par la FTC.

Enfin, l'ouverture d'Apple par rapport à Flash fera plaisir aux développeurs de jeux qui pourront maintenant utiliser la plateforme d'Adobe pour créer des jeux et des applications interactives sans nécessairement passer par la plateforme de développement de l'iPhone.

La volte-face d'Apple a ses limites. Par exemple, le système d'exploitation des appareils mobiles d'Apple, l'iOS, ne permettra pas l'utilisation du langage Flash (et Java). Une page Web qui nécessite une rustine Flash ne livrera pas la séquence vidéo ou audio gérée par Flash. Par contre, les développeurs pourront utiliser la plateforme d'Adobe pour créer leurs applications avant de les convertir pour les iPhone et compagnie.

Soupir de soulagement


Adobe a évidemment accueilli avec soulagement la révision des règles qu'impose Apple aux développeurs. Le marché aussi, qui a gratifié l'action d'Adobe d'un bond de 11 % jeudi dernier.

Adobe déplore cependant que l'ouverture d'Apple soit limitée au développement d'applications. Flash, qui est installé sur l'immense majorité des ordinateurs personnels (plus de 95 %), pourra continuer de dominer le champ du multimédia sur le Web. Pour combien de temps, c'est une autre histoire. En ce domaine, Apple — et Google aussi — favorise le développement du standard html5, qui permet de livrer du multimédia sur le Web sans recourir à une application externe comme Flash. En voie de définition, ce standard ne sera toutefois pas pleinement opérationnel avant plusieurs années.

On peut déjà entrevoir le potentiel de ce standard en visualisant le dernier clip vidéo du groupe montréalais Arcade Fire, The Wilderness Downtown, produit en collaboration avec l'équipe de développement de Chrome, le navigateur Web de Google. À visualiser de préférence avec Chrome ou Safari, deux navigateurs compatibles avec le html5.
1 commentaire
  • Labrie,Jacqueline - Inscrit 13 septembre 2010 09 h 24

    Enfin Flash sur mon iPhone!

    Si Steve Job n'avait pas accepté l'installation de Flash sur mon iPhone, j'aurais tout fait pour modifier mon contrat avec Fido: abandonner mon iPhone et choisir un autre cellulaire permettant Flash. J'en ai assez de ne pas pouvoir ouvrir les videos Web sur le net comme par exemple tou.tv et un tas d'autres sites

    Roberto de Sherbrooke