Quebecor se retire du Conseil de presse

La rupture est consommée. À compter d'aujourd'hui, Quebecor se retire du Conseil de presse du Québec (CPQ), le tribunal d'honneur de la profession journalistique.

Le CPQ émet des avis sur les plaintes reçues de «quiconque s'estime être victime ou témoin d'une atteinte à la liberté de presse ou du droit du public à l'information». Il est présidé depuis février par l'ex-juge John Gomery.

La décision du retrait a été annoncée par lettre, aux membres du conseil d'administration de l'organisme, par Pierre Karl Péladeau. Pour justifier la rupture, le président de Quebecor évoque différentes décisions récentes du tribunal, jugées injustes, touchant Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec.

Dans deux cas, le Conseil a reproché aux reportages de manquer d'équilibre en ne présentant pas tous les points de vue sur des sujets controversés, soit le projet de mine à ciel ouvert à Malartic et les dépenses publiques. On peut consulter ces décisions en ligne (conseildepresse.qc.ca).

M. Péladeau s'en prend aussi au rôle du Conseil, y compris devant les tribunaux judiciaires. Il dénonce finalement la volonté du CPQ de juger les informations diffusées dans les blogues.

Le retrait prive le Conseil d'environ 45 000 $ sur un budget annuel oscillant autour d'un demi-million. Le CPQ pourra continuer à juger les plaintes concernant le travail journalistique des différentes entreprises de l'empire médiatique. Cependant, le fait que les médias de Quebecor ne participent pas aux discussions, en répondant aux plaintes par écrit, enlèvera beaucoup de crédibilité au processus. De plus, en toute logique, les médias de l'empire devraient cesser de diffuser les décisions du Conseil.

Au total, ce n'est pas moins de 40 % du lot de l'information consommée au Québec qui échappera aux règles souhaitables du tribunal honorifique.

Le retrait de l'entreprise de M. Péladeau arrive au moment où le Conseil est en pleine restructuration après une profonde crise de crédibilité. Plusieurs autres diffuseurs privés (V, Astral, Corus et TVA, une entreprise de Quebecor) l'ont quitté en décembre 2008. Le dernier président a ensuite démissionné parce qu'il ne croyait plus possible d'autoréglementer le secteur et favorisait une intervention plus forte de l'État.

Un groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information au Québec s'active depuis plusieurs mois. Le rapport de la professeure Dominique Payette, mandatée par la ministre de la Culture, est attendu à la fin de l'année. Il pourrait comprendre des réflexions, voire des recommandations, concernant l'avenir du Conseil de presse.

Une réunion extraordinaire du conseil d'administration de l'organisme aura lieu mardi. Une rencontre entre des représentants du CPQ et Pierre Karl Péladeau est programmée pour le 15 juillet. Seulement voilà, ce rendez-vous a été fixé avant l'envoi de la lettre annonçant le retrait de Quebecor et rien n'assure qu'il tiendra. Les deux parties ont refusé hier de commenter le dossier.