Le Devoir, c'est moi - Exercice linguistique pour passionnée des mots

Choubine, alias Line Gingras, tient le blogue Choux de Siam par plaisir et parce qu’elle est passionnée de linguistique.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Choubine, alias Line Gingras, tient le blogue Choux de Siam par plaisir et parce qu’elle est passionnée de linguistique.

Faire partie du Devoir, c'est y travailler, l'appuyer, le lire assidûment. De cette communauté, qui s'est construite depuis 100 ans, nous avons retenu quelques portraits. Chaque lundi, jusqu'en décembre, nous vous présenterons un lecteur, une lectrice, du Québec comme d'ailleurs, abonné récent ou fidèle d'entre les fidèles. Et il s'en trouve une qui nous lit avec une minutie qui l'honore.

Bien malgré elle, ses yeux de lynx butent sur les faux amis, les mauvais accords, les fautes de grammaire, voire les coquilles qui émaillent tous les textes qui lui tombent sous la main. C'est la raison pour laquelle l'auteure du blogue Choux de Siam, Line Gingras, a longtemps boudé les journaux.

«Alors que j'étudiais en traduction à l'Université Laval, on nous encourageait à lire les journaux. Mais lorsque je regardais la une, je voyais toujours une faute, et ma sensibilité linguistique était tellement meurtrie que je n'allais pas plus loin. Je ne lisais pas les journaux parce que j'avais l'impression que c'était trop mal écrit», confie-t-elle.

Mais, en 2001, des amis traducteurs lui vantent la plume de Jean Dion qui, dit-on, démystifie le sport professionnel. «J'ai lu quelques-uns de ses articles, puis, un jour, je suis tombée sur une très longue phrase sans ponctuation. Et au moment où on était à bout de souffle, il écrivait en toutes lettres le mot "virgule". J'ai été conquise par cette espèce d'autodérision qui est tellement attachante. Ensuite, j'ai tranquillement commencé à lire ses collègues du Devoir et j'ai trouvé qu'ils écrivaient tous tellement bien. J'ai senti qu'il y avait une volonté de bien écrire, et c'est ça qui est important à nos yeux.»

Ces propos dithyrambiques étonnent, car Line Gingras est plutôt exigeante dans son blogue (http://chouxdesiam.canalblog.com/) où elle critique, décortique et corrige des mots, des expressions, des phrases, tirés en grande partie du Devoir.

«Je lis les articles du Devoir d'abord pour le plaisir, souligne-t-elle néanmoins, et, au passage, je recueille des exemples de problèmes intéressants que rencontrent non seulement les journalistes pressés, mais monsieur et madame Tout-le-Monde. Je n'ai pas du tout envie de taper sur les journalistes pour qui j'ai trop d'estime, ou de me moquer d'eux, mais parfois la faute peut être très amusante», explique cette traductrice pigiste qui a développé son expertise en répondant aux questions de rédacteurs du gouvernement et du public alors qu'elle travaillait pour le Service de recherches et de conseils linguistiques du Bureau de la traduction du gouvernement fédéral.

Choubine, alias Line Gingras, tient le blogue Choux de Siam par plaisir et parce qu'elle est passionnée de linguistique. «Sans cette chronique, je deviendrais vite rouillée», précise-t-elle avant de révéler qu'elle a choisi d'intituler son blogue Choux de Siam parce que le «choutiam» — nom commun donné au rutabaga — lui rappelle son enfance paysanne. Sa famille cultivait des carottes, des fraises et des choutiams à Saint-Raymond de Portneuf. «Les choutiams, c'est comme la grammaire, ce n'est pas très populaire, mais j'aime ça», lance-t-elle en riant.

Choux de Siam est lu dans toute la francophonie, de la France à Haïti, et même au-delà, puisque Choubine reçoit des commentaires du Pakistan, de l'Iran, de l'Arabie saoudite, de l'Amérique latine, de l'Afrique du Nord, de la Thaïlande, du Cambodge, de la Chine, du Japon et du Vietnam. Autant de lieux où Le Devoir est mis à l'honneur, pourrait-on dire!

«Il y a quelques personnes qui me lisent par plaisir. Mais la très grande majorité de mes lecteurs aboutissent sur l'une des deux plateformes de mon blogue [canalblog.com et hautetfort.com] alors qu'ils cherchent une réponse à une question linguistique sur Google», ajoute la blogueuse.

En plus de l'amusement qu'elle trouve à tenir ce blogue, Line Gingras espère développer le sens critique des lecteurs, les inciter à ouvrir leur dictionnaire et surtout à se relire. «La très grande majorité des fautes d'orthographe et des coquilles pourraient être évitées si l'on se relisait avec attention», précise-t-elle.

Néanmoins, elle salue les efforts déployés par Le Devoir, tout en adressant une mise en garde à tous les blogueurs, qu'ils soient de ce quotidien ou d'ailleurs. «À titre de blogueuse, j'estime qu'un blogue devrait être rédigé avec autant de soin qu'un article de journal. Sinon, pour moi, c'est une marque de mépris envers les blogues, envers ceux qui les lisent et envers les autres blogueurs.»

La critique sera prise au sérieux. C'est promis!
5 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 10 mai 2010 09 h 06

    Volonté de bien écrire

    Madame dit: "J'ai senti (dans Le Devoir) qu'il y avait une volonté de bien écrire, et c'est ça qui est important à nos yeux." Le désir de bien écrire habite aussi, souvent j'espère, les commentateurs. On peut se réjouir en tout cas que plusieurs personnes écrivent plus souvent que jamais et c'est beaucoup en forgeant qu'on devient forgeron... Et dans la fébrilité du commentaire, c'est bien vrai qu'il peut arriver qu'on ne se relise pas. Mais curieusement, j'ai remarqué que sur le coup de l'émotion que cause la nouvelle, on peut se relire et ne voir les fautes que plus tard, trop tard... Avec le temps, je suis certaine que plusieurs apprendront à naviguer avec plus d'élégance, d'autant plus si les moyens de s'aider à mieux écrire sont à portée.

  • France Marcotte - Abonnée 10 mai 2010 11 h 14

    Vite mais bien

    Autre chose: durant ce délai entre l'écrit et sa relecture, la pensée ne peut qu'y gagner en profondeur. L'instantanéité est bien agréable mais demande de l'autodiscipline, ce qui est plutôt difficile dans l'euphorie de la découverte de la magie de ces nouveaux moyens de communiquer. Ça viendra forcément avec le regret de voir publier des commentaires trop épidermiques qui gâchent le plaisir.

  • Marie-Céline Blais - Abonnée 10 mai 2010 13 h 27

    Quand le chou de Siam nous mène à la grammaire...

    J'ai découvert le blogue de Mme Gingras, il y a quelques semaines, en cherchant à vérifier sur Internet d'où venait le nom «chou de siam» qu'on donnait au rutabaga quand j'étais jeune. Quelle surprise! Jamais je n'aurais cru que ce légume me mènerait sur une telle piste. Si je n'apprécie pas vraiment le rutabaga, la grammaire, par contre, j'adore. En fait, j'aime ma langue et je souhaite toujours, à 61 ans, mieux la maîtriser. Je me sens souvent seule de mon espèce. Trop peu de gens ont le souci de comprendre le fonctionnement de leur langue et des éléments qui la constituent. Il faut dire que la grammaire n'a jamais été une matière très prisée des écoliers, d'autant plus que son enseignement (quand enseignement il y a...) est souvent rébarbatif. Elle est pourtant la clé du plaisir de s'exprimer avec facilité. Mais il semble que ce soit un secret bien gardé...

    C'est avec fascination que j'ai parcouru le blogue de Mme Gingras. J'y ai découvert une femme passionnée de sa langue et qui témoigne du souci de faire partager ses connaissances. Mille fois bravo et merci!

  • André Lacombe-Gosselin - Abonné 10 mai 2010 18 h 17

    Vous avoir comme professeur...

    Bonjour Mme Gingras !
    De ma retraite mexicaine, je viens de découvrir votre blogue dont j'ai lu avec bonheur quelques passages récents. Merci de ce travail!
    Étant moi-même traducteur et correcteur-réviseur, je me réjouis de trouver en vous quelqu'un qui partage avec moi la même passion des mots et la fierté de sa langue maternelle. Espérant que les professeurs de français vous connaissent et utilisent vos explications des plus pertinentes dans leurs activités professionnelles!
    Le joyeux retraité de Mazatlán.