Trop ou pas assez

Le dernier bilan, celui de la professeure Armande Saint-Jean de l'Université de Sherbrooke, n'a même pas dix ans.

Le travail amorcé il y a quatre mois n'a pas calmé le jeu. Enfin, pas complètement. Dans la dernière livraison du Trente, le magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le président Brian Myles (un collègue du Devoir) met carrément en doute la capacité du groupe de travail de comprendre et de résoudre la crise des médias, du moins avec ses faibles moyens (trois personnes et un budget de 300 000 $) et ses grandes ambitions.

Discours sur la méthode

La charge vise la méthodologie de l'enquête, et précisément la décision d'inviter «des gens d'horizons divers» au débat, dont certains liés à des groupes de pression. La critique s'attaque aussi à certains objectifs de l'enquête. Brian Myles demande par exemple pourquoi on rouvre la question du statut (qui est journaliste, qui ne l'est pas?) alors que «l'examen en profondeur du modèle d'affaires, de la rentabilité et du financement des médias» lui semble amplement suffisant et s'avère autrement plus urgent.

«La seule chose que je peux dire, c'est que je ne pourrais pas être cynique avant le mois de janvier prochain», explique Mme Payette, en parlant de la date de tombée de son rapport. L'ex-journaliste de Radio-Canada, fille de Lise Payette, membre de la FPJQ depuis plus de 30 ans, a été rencontrée samedi dernier, à Montréal, avec ses deux principales collaboratrices, Anne-Marie Brunelle et Véronique Labonté. Elles venaient de diriger une rencontre avec une douzaine de spécialistes et praticiens sur le thème du contexte technologique et des nouveaux médias.

«On a une occasion de faire une différence, ajoute la professeure. C'est un vaste mandat, mais concentré autour de quatre axes prioritaires: les modèles d'affaires et les politiques publiques; l'information régionale; les nouveaux médias et le statut professionnel. C'est vaste, mais c'est aussi précisément centré autour du journalisme et de l'information.»

Le groupe de travail publiait cette semaine un premier bilan (étatdelinfo.qc.ca). Mme Payette signe le texte intitulé «Le débat est lancé sur l'état de l'information au Québec», où elle lie ses choix méthodologiques à l'inefficacité concrète des anciens rapports. La démarche, décrite comme «la plus transparente possible», s'organise autour de tables de discussion. Les premières ont commencé en mars, d'abord sur l'information locale, régionale et communautaire, puis sur le statut professionnel.

«On ne peut pas faire l'économie de cet examen, dit Mme Payette en répondant du même coup aux reproches de la FPJQ. Ce n'est pas idéologique, mais instrumental: si on arrive avec des recommandations d'intervention de l'État, on ne pourra pas créer un "bar ouvert". Il faudra donc préciser à qui les programmes s'adressent, ce qu'est un organe de presse ou un journaliste. La question se pose aussi pour la protection des sources journalistiques. Un blogueur dans son sous-sol a-t-il droit à la même protection qu'un reporter du Devoir? Voilà pourquoi on ouvre cette boîte, en sachant très bien que l'ouverture crée des tensions dans la profession.» La professeure répète que les participants aux tables parlent en leur seul nom. «Je cherche des conseils et ils en donnent», dit-elle.

Les discussions ont aussi porté sur la protection des pigistes, l'étanchéité des salles de rédaction par rapport à la publicité, la pression sur les journalistes en région ou le renforcement du Conseil de presse. Cinq chercheurs préparent des avis sur des enjeux précis émanant des rencontres. Une étude a été commandée sur les commentaires faits sur les sites Internet. Une autre porte sur l'utilisation des avis publics comme instrument de pression des élus sur les médias régionaux.

Les groupes de discussion sont réunis deux fois. Dans un premier temps, ils posent un diagnostic en groupe. Dans un second temps, ils examineront les propositions de recommandations de l'équipe Payette. «Il faut garder une ouverture. Après l'état des lieux, on examinera les options et les recommandations. J'espère m'arranger pour que tout le monde ne nous tombe pas dessus...»
1 commentaire
  • Raymonde Chouinard - Inscrite 2 mai 2010 13 h 31

    Mandat premier des journalistes....

    Faudrait peut-être y inclure un autre volet à l'effet que le mandat premier des journalistes consiste à informer le lecteur et non d'induire à la contreverse par des pratiques douteuses, en lançant et en alimentant des allégations souvent non-fondées dans le but premier de vendre de la copie, le fameux scoop, et en imposant leurs points de vue partisans.

    Le lecteur possède encore la capacité de penser et de réfléchir par lui-même; c'est faire injure à l'intelligence du lecteur que de vouloir lui imposer ses points de vue.

    C'est pourquoi, certains se désintéressent de plus en plus des médias (supposé) d'information; tout simplement, pour conserver la sainte paix de l'esprit. Trop, c'est trop et ça génère l'écoeurement envers tous ces gourous du "prêt à penser" qui se croient imbus d'une mission sociale.