Médias - Un débat, et ça urge!

Le Conseil de presse du Québec (CPQ) juge que l'animateur de radio Sylvain Bouchard n'a pas été méprisant en traitant la femme politique Françoise David de «chef soviétique». Le tribunal d'honneur reconnaît aussi que la liberté d'expression autorisait le même animateur à déchirer en onde une page d'un cahier d'exercices scolaires reproduisant une photo de Mme David.

Seulement, le Conseil s'interroge sur ce genre de journalisme, «les styles et les méthodes d'animation qu'utilisent plusieurs médias, particulièrement les "radios d'opinion"». Il juge «de plus en plus pressante» la tenue d'un «forum de discussion sur la question».

Bref, selon les règles en vigueur, ça va. Seulement, ce sont les règles elles-mêmes qui ne vont pas tout à fait.

La décision ambivalente (le jugement avoue carrément un «inconfort») a été rendue il y a une semaine et diffusée hier par le CPQ. Le litige portait sur des propos tenus et des gestes faits le 26 janvier 2009 par Sylvain Bouchard à la station de radio CJMF-93,3, de Québec. L'animateur bien connu a livré une charge contre une brève description de la militante Françoise David dans une page d'un cahier lié au cours d'éthique et de culture religieuse. L'animateur a parlé d'un «brainswashing socialiste» et a incité les élèves du secondaire à déchirer la page de leur propre cahier pour l'acheminer à la station de radio afin de participer au tirage d'un prix.

Le jugement du Conseil s'appuie sur une fine distinction entre le code déontologique et les principes éthiques. M. Bouchard aurait respecté «les règles minimales de la déontologie», tout en ne recherchant pas «les plus hauts standards en pratique journalistique».

Mais encore? «Le code concerne les obligations et les interdits d'une pratique journalistique minimale, explique Guy Amiot, directeur général du CPQ. Il faut par exemple qu'une information soit exacte et équilibrée, sans propos méprisants, etc. L'éthique vise plus haut. Pour exceller en journalisme, on peut par exemple diversifier les points de vue. M. Bouchard critique la présence de Mme David dans un cahier pédagogique: a-t-il suscité l'opinion du ministère de l'Éducation, des professeurs ou des éditeurs? Il n'était pas obligé de le faire, mais il aurait été souhaitable qu'il le fasse.»

D'où le malaise bien palpable dans la décision. D'où aussi la proposition de réfléchir collectivement aux balises de la profession. Le code déontologique du CPQ date de 2003, et le tout nouveau président du Conseil, l'ex-juge John Gomery, a annoncé son intention de le revoir. Il n'a pas participé à la cause David contre Bouchard.

«Je comprends qu'en fonction de certains principes, le Conseil est obligé de rejeter ma plainte», commente en entrevue téléphonique Françoise David. Elle cite cependant des extraits de la décision remettant en question le «spectacle d'opinion», voire l'équilibre à tenir entre «l'augmentation des cotes d'écoute et de la rentabilité du média», d'une part et «le droit du public à une information de qualité», d'autre part.

«Je suis très heureuse que le Conseil en arrive à poser ce genre de questions, dit la porte-parole de Québec solidaire. Je ne suis donc pas du tout mécontente d'avoir déposé cette plainte, bien au contraire.»

Michel Lorrain, directeur de la programmation du 93,3, n'a rien contre l'idée de continuer le débat. Il a d'ailleurs participé au processus du Conseil, alors que bien d'autres médias privés ne se donnent même plus cette peine. L'argument de la station reposait sur la liberté d'expression. En ce qui concerne la plainte comme telle, le directeur répète que son animateur n'a jamais attaqué personnellement Mme David.

«Qu'on perde ou qu'on gagne, les échanges nous forcent à réfléchir sur nos façons de faire, sur ce qu'on présente au public au quotidien, dit M. Lorrain. Je ne suis pas non plus contre l'idée de débattre des questions déontologiques et éthiques de fond. Au contraire. Mais est-ce qu'il y a urgence? Je pense qu'il y a peut-être des débats plus urgents à faire au Québec.»
1 commentaire
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 avril 2010 09 h 44

    Le controle de l'information

    Qu'est-ce qu'il y a derrière la réflextion de ces beaux esprits du Plateau que si ce n'est que:
    1) le mépris du peuple
    2) le controle de l'information

    On utilise les arguments habituels pour faire taire le bon peuple qui en a ras-le-bol de payer pour tout le cirque.

    Québec