Médias - SUCCÈS.FM

Pis qu'un enfant trouvé, il y a l'adolescent qui se cherche. À quinze ans, la station Radio Ville-Marie n'a rien ni de l'un ni de l'autre. Elle sait exactement pourquoi elle est apparue, à quoi elle sert et même, chose encore plus rare, où elle s'en va, vite et bien.

«Notre développement a été au-delà des attentes et des espérances», dit Jean-Guy Roy, directeur général de Radio Ville-Marie (RVM) depuis mars 2000. Il en veut pour preuve les données d'auditoire de janvier 2010 établissant que RVM attire 506 000 auditeurs par semaine, dont un sur cinq ayant 35 ans ou moins. Il rappelle aussi que la station a développé cinq antennes régionales (Victoriaville, Rimouski, etc.) permettant de couvrir 70 % de la population du Québec. Québec fait exception puisque la capitale a déjà Radio Galilée. «RVM, c'est une radio proche du monde, un média de proximité», ajoute le directeur.

La chaîne est entrée en ondes le 1er mai 1995 au 91,3 de la bande FM (CIRA.FM, selon son code). Sa création s'inscrivait dans la foulée du 350e anniversaire de Montréal, d'où son nom de baptême. Radio Ville-Marie fête donc son 15e anniversaire à la fin de la semaine prochaine. Elle organise pour l'occasion un nouveau radio-don, du vendredi 30 avril au dimanche 2 mai.

Le lancement de l'activité se fera mercredi après-midi à la

station Berri-UQAM. Quelque 200 invités de marque, dont la ministre de la Culture et le maire de Montréal, défileront au micro le week-end prochain, à la permanence de la station, dans l'ancienne usine de la Dominion Textile, près du canal de Lachine.

Plus de trente permanents y travaillent, dont une vingtaine de salariés. Au total, près de 115 personnes se partagent les ondes de la programmation. «Nous occupons un des plus beaux espaces de Montréal, dit fièrement le directeur en comparant les locaux avec ceux du début, dans un ancien presbytère du nord de la ville. On a quatre studios, vingt-cinq bureaux, une grande terrasse.»

Le radio-don permet d'amasser des fonds. L'objectif est fixé cette fois à 150 000 $. RVM, qui appartient à une société sans but lucratif, tire les deux tiers de son budget d'environ 900 000 $ des dons de son auditoire. «Pour être écouté, il faut être bon, dit le directeur. Pour être financé par ceux qui écoutent, il faut être très bon.»

Tout ça pour quoi ?

La présentation officielle de Radio Ville-Marie parle d'un «service de radiodiffusion d'inspiration chrétienne et d'esprit oecu-ménique», mais aussi d'un «carrefour culturel impressionnant» et d'une «radio de solidarité».

L'enfant radiophonique ne peut évidemment renier ses origines. Il s'en réclame au contraire ouvertement. Le cardinal Turcotte y a sa chronique. «Nous sommes en lien avec le patrimoine québécois, avec les valeurs et les grandes traditions de chez nous», dit le directeur, lui-même un ancien supérieur des frères du Sacré-Coeur.

«Nous ne sommes pas un média de grenouilles de bénitier, ajoute-t-il cependant. Au contraire, nous sommes la radio la plus branchée sur la réalité d'aujourd'hui. Par exemple, nous n'avons pas de portée commerciale et nous pouvons donc aborder des questions comme la solidarité sociale, le partage, l'humanitaire, les valeurs sociales. Chez nous, on peut aussi prendre du temps pour examiner des questions complexes.»

Celle des scandales sexuels dans l'Église catholique, par exemple? «Nous avons traité la question des accusations de pédophilie comme un média professionnel, répond le directeur. Nous suivons le dossier et nous en parlons régulièrement.»

Des «partenariats institutionnels» permettent de multiplier les points de vue. L'opéra de Montréal a son émission, tout comme la chaire d'éthique des HEC, l'école de musique Vincent-d'Indy et l'équipe du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM). RVM a également développé des ententes internationales. Radio Vatican diffuse des bulletins de nouvelles. Des échanges d'émissions se font avec le réseau de 66 stations du réseau des Radios chrétiennes de France, mais aussi avec Radio Notre-Dame, de Paris. Le directeur de cette station sera d'ail-leurs à RVM le week-end prochain, puisque celle-ci s'inspire du radio-don de celle-là.

Le volet oecuménique favorise les branches chrétiennes, orthodoxes ou protestantes notamment. La communauté religieuse juive a eu une émission à RVM, pendant quelques années, mais elle a maintenant sa propre station à Montréal, Radio Shalom, au 1650 AM.

Avec tout ça, sans fausse modestie, le directeur présente sa station comme la relève naturelle de la défunte Chaîne culturelle de Radio-Canada, mutée, elle, en radio multimusicale. M. Roy allonge alors d'autres preuves, à commencer par les six émissions littéraires de la programmation hebdomadaire et d'autres encore consacrées au cinéma, à l'opéra et à l'histoire de l'art.

«Nous sommes un point de repère pour beaucoup de monde, une référence, dit-il. Beaucoup de gens se retrouvent chez nous. Nous sommes en quête de sens, fondamentalement. Nous sommes, comme le disait le critique du Devoir Louis Cornellier, un carrefour important pour la réflexion et la culture.» L'avenir s'annonce radieux. Six autres antennes seront ouvertes pour couvrir tout le territoire québécois, promet le directeur.

Ce qui montre encore une fois l'importance de la niche spécialisée dans le contexte de la crise actuelle des médias. RVM et son réseau en pleine expansion font la preuve de la possibilité de développer une proposition de qualité, avec des moyens modestes, pour rejoindre un grand nombre de personnes. Bref, cette radio-ado est devenue un antidote à la morosité, une réussite qui cherche et trouve à sa manière, depuis quinze ans...