Huitième Journée du livre politique - Lise Bissonnette pourfend gazouillis et placotages

L’ancienne p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Lise Bissonnette, croit que les technologies ont permis aux journalistes de gagner du temps, mais que Twitter, Facebook et autres blogues grugent beaucoup de leur énergie.
Photo: Clément Allard - Le Devoir L’ancienne p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Lise Bissonnette, croit que les technologies ont permis aux journalistes de gagner du temps, mais que Twitter, Facebook et autres blogues grugent beaucoup de leur énergie.

Québec — «Public gazouillant», «communauté de placoteux»: c'est une réelle charge contre l'effet blogue, Facebook et Twitter que Lise Bissonnette a menée hier, lors d'une conférence à la bibliothèque de l'Assemblée nationale. L'ancienne directrice du Devoir et ancienne p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) prenait la parole dans le cadre de la huitième Journée du livre politique, placée sous le signe du 100e anniversaire du Devoir.

Mme Bissonnette a rappelé dans quel environnement matériel elle avait travaillé, au milieu des années 70, époque où elle fut correspondante politique pour Le Devoir, brièvement à Québec, puis à Ottawa: machines à écrire manuelles, bélinographes peu performants, textes dictés par téléphone. «La révolution des outils en 30 ans a sûrement été une des plus heureuses que le journalisme ait connues: télédiffusion des débats parlementaires, transmission électronique des textes.» Les journalistes politiques ont gagné en temps, juge-t-elle. Quand il est utilisé de manière intelligente, il va à l'enquête. Et nous vivons, selon elle, un «âge d'or» en la matière.

Mais la plupart du temps, déplore-t-elle, les reporters se dispersent «sur de multiples plateformes»: participation à des émissions de radio et de télé, ou alors entretien d'une «page Facebook», d'une «ligne Twitter», quand ils ne rédigent pas des blogues! Elle doute que cette «frénésie d'hyperactivité Web» contribue à faire progresser le journalisme politique. Au contraire, les énergies des meilleurs journalistes sont alors «dispersées» et «la communauté de placoteux» qui commente au bas des textes et autres entrées forme un «public gazouillant» qu'on prend à tort pour l'expression de l'opinion publique.

Éric Bédard primé

Dans le cadre de la Journée du livre politique, l'historien Éric Bédard, de la Téluq, a reçu hier le 1er prix pour son essai Les Réformistes. Une génération canadienne-française au milieu du XIXe siècle (Boréal). Les deux autres ouvrages primés sont Le Parlement du Québec de 1867 à aujourd'hui (PUL), de Louis Massicotte, et Histoire de la caricature au Québec (VLB éditeur), de Robert Aird et Mira Falardeau. La présidence a aussi primé deux thèses de doctorat et deux mémoires de maîtrise. Le premier prix est allé à l'étudiant de l'Université Laval Olivier Turbide pour sa thèse consacrée à «la performance médiatique des chefs politiques» lors de la campagne électorale de 2003 au Québec.
19 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 7 avril 2010 03 h 08

    Jacasseries, gazouillis et placotages...

    Mme Bissonnette, comme notre Sainte Mère l'Église nous somme de ne rien répliquer à la confrérie des bons et sérieux journalistes qui, comme Jean-Claude Leclerc, et bien d'autres, inventent des excuses et des "mystères" pour défendre ou cacher des situations indéfendables.

    Je suis convaincu que les temps de "grande noirceur", de quasi-dictature et d'abus de pouvoirs finissent par disparaître, ici ou là, parce que des gens honnêtes, ou d'honnêtes gens, parfois courageux, n'ont que leurs gazouillis et autres jacasseries pour dénoncer publiquement ce qu'ils observent ou ce qu'ils subissent.

    "Taisez-vous", leur assène la Grande Bibliothécaire.

  • novis - Inscrit 7 avril 2010 06 h 29

    Du meilleur et du moins bon...

    À lire trop de "blogues", on pourrait éternellement se disperser. Je conçois aisément que le journaliste lui-même s'éparpille.

    Ceci dit, on ne s'en remettrait qu'au journalisme, même le plus ancien, et on ne serait pas à l'abri des placotages (note: je regrette tout de même le journalisme ancien, moins "à la première personne" il me semble).

    J'ai peu de temps, et je lis peu les journaux, et très peu les blogues. Je fais quand même mon petit tour de temps à autre, et j'y trouve quelques impressions et confirmations de "l'air du temps" (exemples: on écrit comme des pieds; on affiche ses contradictions sans gêne; on est souvent complètement coupé de la grande culture humaine; on est la proie facile du capitalisme et matérialisme sauvage).

    Pour ma part, j'ai surtout choisi de m'en remettre à la littérature. Je me suis acheté plusieurs anthologies du merveilleux éditeur Norton il y a quelques années, et je suis ce beau parcours depuis. Je me dis qu'à choisir d'écouter ceux qui ont pris le temps de dire ce qu'ils avaient à dire, et qui l'ont fait avec le respect de la postérité (et de moi, leur lecteur), je ne peux pas me tromper. Et puis s'il fallait qu'après ma mort je rencontre ces auteurs dans les limbes, je me sentirais un peu plus à ma place... un peu plus humain.

  • jacques noel - Inscrit 7 avril 2010 08 h 31

    Mme Bissonnette a raison

    Y'a plus de journalistes qui commentent le show aujourd'hui, qu'il y a de journalistes qui font leur job.
    La grande majorité ne font que répéter ce qu'ils entendent plutot que de se poser la première question que tout bon journaliste devrait se poser: C'EST-TU VRAI?
    C'est-tu vrai que la terre se réchauffe?
    C'est-tu vrai que nos infirmières sont à bout de souffle?
    C'est-tu vrai qu'on fait plus d'enfants?

    A la place, au lieu de fouiller les dossiers, ils placent leur micro devant les porte-parole des lobbies, qui nous balancent leur cassette non stop sur RDI!

  • Marc O. Rainville - Abonné 7 avril 2010 08 h 50

    Twits et co.

    Hey, même le Dalaï Lama est sur Twitter! You can't beat the tendance, girl, why don't you join it ? Moi, je suis de ceux qui prendraient du plaisir à lire des jacasseries signées Lise Bissonette, qu'elle les nette, les twitte ou les blogue, du moment qu'elle essaye d'échapper au travers éditorial qu'on lui connait, à savoir sa tendance marquée à la péroraison pontifiante massive. Tout le monde se souvient de ses éditoriaux sur une colonne... pleine page.
    Brèves, donc, si possible !

  • Catherine Paquet - Abonnée 7 avril 2010 09 h 25

    Combien de livres, pleins de gazouillis, inutiles et jamais lus, emcombrent les rayons de l'institution gérée par notre Grande bibliohécaire?

    Bien sûr, il y a de tout sur les rayons des bibliorhèques, copmme sur les ondes et dans les réseaux de communications. Mais ce n'est pas une raison pour sommer les gens de se taire et d'arrêter de s'exprimer...