Colloque «Le Journal indépendant» à la Grande Bibliothèque - Sur le champ de bataille pour «l'autonomie de l'information»

Karen Dunlap, présidente et directrice générale du Poynter Institute, et Marc Raboy, directeur de Média@McGill.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Karen Dunlap, présidente et directrice générale du Poynter Institute, et Marc Raboy, directeur de Média@McGill.

Malgré les difficultés qu'elle engendre, la crise offre aux médias l'occasion de revenir à l'essentiel, soit la production et la diffusion d'une information de qualité au service de la démocratie. Cette «dynamique d'espérance», selon le joli mot du grand journaliste français Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, a été au coeur de la plupart des conférences et interventions dans le cadre du colloque international sur le thème «Le journal indépendant: vue de l'esprit ou phare de la démocratie?» organisé hier par les universités McGill et Laval.

Cet événement se déroulait à l'occasion du centenaire du Devoir. Les discussions, très élevées, qui ont rassemblé environ deux cents personnes, se déroulaient à la Grande Bibliothèque, à Montréal.

«Nous devons défendre les conditions de l'autonomie démocratique de l'information», a dit M. Plenel, qui prononçait la conférence d'ouverture intitulée Pour une presse libre. «Si l'information se vend, ce n'est pas une marchandise comme une autre: c'est une denrée démocratique. [...] Nous évoquons une profession ébranlée, menacée. Nous sommes dans un champ de bataille pour l'autonomie de l'information, qui devient fragile et précaire.»

La crise est tout à la fois technique, économique, professionnelle et même morale, a-il ajouté. Pour s'en sortir, le fondateur de mediapart.fr a proposé de revenir aux «fondamentaux» du métier, peu importe si le contenu se retrouve sur papier ou sur une tablette numérique.

«Notre problème, ce n'est pas le support, a dit M. Plenel. Notre problème, c'est le contenu, c'est la question de l'alliance et de la confiance avec le public dans ce moment de transition. La question de l'offre est centrale. C'est celle de la plus-value de l'information, inédite, pertinente, exclusive. C'est la question de l'intelligibilité, de l'utilité démocratique, de la hiérarchie, du tri, des choix.»

Le Devoir fait les siens depuis un siècle, en assumant les conséquences de son indépendance. La rédactrice en chef a rappelé que le métier n'a pas changé tant que ça, sauf qu'il faut maintenant s'activer de plus en plus vite.

«Le Devoir demeure un journal artisanal fait par des artisans, a dit Josée Boileau. [...] Je vais résumer le leitmotiv de manière très simple: il n'y en a pas, d'argent. Le thème du colloque demande si le journal indépendant est une vue de l'esprit. Oui, oui. Si vous mettez le modèle du Devoir sur papier, il ne marche pas. Une boîte comme celle-là ne peut pas exister, et pourtant, elle est là depuis puis cent ans. Pourquoi? À cause des gens qui y travaillent. Cette boîte vit parce que les employés sont dévoués. Ils font le cadeau de leur temps. Le Devoir a gardé un esprit qu'on retrouve habituellement dans les boîtes naissantes.»

Ce qui n'en fait pas un modèle à suivre pour autant. «Comment peut-on être un modèle quand on prétend être national, qu'on a le tirage d'un journal local et le prestige d'un journal international? a conclu la rédactrice en chef. On n'est peut-être pas un modèle, mais on a une âme...»
1 commentaire
  • Guy Fafard - Inscrit 13 mars 2010 20 h 26

    Dans son ensemble

    Le Devoir reste excellent et se glisse en tête du ploton des médias.