Le Devoir, c'est moi - L'incessant combat du français en Acadie

Défenseure de la langue de Molière, Gisèle Lavoie donne bénévolement un cours de français de 25 semaines à des groupes d’une quinzaine de personnes.
Photo: Défenseure de la langue de Molière, Gisèle Lavoie donne bénévolement un cours de français de 25 semaines à des groupes d’une quinzaine de personnes.

Faire partie du Devoir, c'est y travailler, l'appuyer, le lire assidûment. De cette communauté, qui s'est construite depuis 100 ans, nous avons retenu quelques portraits. Chaque lundi, jusqu'en décembre, nous vous présenterons un lecteur, une lectrice, du Québec comme d'ailleurs, abonné récent ou fidèle d'entre les fidèles. Aujourd'hui, au tour d'une Acadienne d'adoption!

L'accent au bout de la ligne n'est pas celui auquel on s'attendrait normalement lorsque l'on appelle à l'île du Cap-Breton.

«Aââh, c'est un enndroit mâgnifiqueu. Et la culture des gengs est très belle aussi. Mais c'est très loing», dit Gisèle Lavoie dans cette chantante langue du sud de la France qui s'appuie sur les «a» pour mieux rebondir sur les «n» et atterrir sur les «e».

Cela fait 40 ans que cette Marseillaise est arrivée au Canada et presque aussi longtemps qu'elle vit en Nouvelle-Écosse. Elle a rencontré son mari franco-ontarien à l'Université d'Aix-en-Provence. Elle y faisait des études de maîtrise en littérature anglaise pendant que Laurent Lavoie planchait sur un doctorat en littérature française. Ils sont revenus ensemble à Sudbury, avant de repartir presque tout de suite pour Moncton, puis Sydney, au Cap-Breton. Ils ont découvert la culture acadienne et sont tombés sous le charme.

«Vous connaissez? On retrouve chez ces gens une communauté d'esprit incroyable. Comme au Québec, il y a ce pouvoir de la culture française. C'est formidable.»

Les francophones ont aussi appris à s'y battre pour défendre leur langue. Scandalisée de voir sa fille et les autres enfants acadiens privés d'école française, et même empêchés d'aller dans les écoles d'immersion française de la majorité anglophone, elle dénonce la situation dans une lettre ouverte au Devoir au début des années 80. Cette lettre fera son chemin jusqu'au ministre de l'Éducation de la province qui lui répondit en lui envoyant à son tour une lettre où il lui promettait d'apporter les corrections nécessaires. «C'est à l'époque où on parlait d'indépendance au Québec et où les Anglais voulaient avoir l'air gentils», note-t-elle.

Il faudra quand même huit ans avant que Sydney ait son Centre scolaire communautaire francophone. «C'était dans le sous-sol d'une école anglophone. Les enfants des deux écoles se battaient tout le temps», se souvient Gisèle Lavoie dans un grand éclat rire. La petite école francophone a commencé avec 50 enfants. Elle en compte aujourd'hui 250.

Épouser l'Acadie

La fille aînée des Lavoie est maintenant professeure de littérature espagnole à l'Université de Fredericton au Nouveau-Brunswick. Sa soeur est avocate et habite Montréal comme leur «petit» frère archiviste. Leur papa est toujours professeur de littérature française à l'Université du Cap-Breton alors que leur mère a fait les frais de la guerre du déficit zéro du gouvernement «Chrétieng», comme les six autres professeurs de langue du Collège de la garde côtière canadienne.

Gisèle Lavoie partage aujourd'hui son temps entre Sydney, Montréal et Marseille. Elle épluche, avec son mari, son Devoir du week-end pour y trouver des suggestions de lecture. «On aime beaucoup la littérature québécoise, et française aussi», dit-elle.

L'Université du Cap-Breton fait encore parfois appel à ses services comme professeure. Elle donne aussi bénévolement un cours de français de 25 semaines à des groupes d'une quinzaine de personnes. «Ce sont des Acadiens qui ont perdu leur français et qui veulent le récupérer. Ils s'appellent Denault, Morisset... Ils travaillent dur. Et ils font beaucoup de progrès. Il y a même une anglophone qui est mariée à un Acadien et qui a décidé d'épouser la culture de son mari. C'est génial», conclut Mme Lavoie, le soleil dans la voix.