L'ex-juge Gomery présidera le Conseil de presse

L'ex-juge John Gomery présidera le Conseil de presse du Québec (CPQ). Sa nomination sera confirmée demain matin par l'organisme, qui cherchait et qui a donc trouvé la perle rare. John Gomery jouit d'une grande crédibilité auprès de la population.

Le Conseil est un tribunal d'honneur (sans pouvoir judiciaire) des médias. Il émet des avis sur les plaintes reçues de «quiconque estime être victime ou témoin d'une atteinte à la liberté de presse ou du droit du public à l'information», la raison d'être de l'organisme reposant sur ces deux piliers fondamentaux. Le conseil d'administration tripartite du CPQ rassemble des représentants des patrons de presse, des journalistes et du public.

Le tribunal d'honneur est habituellement présidé par une personnalité consensuelle. John Gomery, qui a pris sa retraite en tant que juge en 2007, a présidé la commission d'enquête sur le scandale des commandites.

«On est très, très contents: on avait un profil qu'on avait défini pour la présidence et on a atteint cet objectif», confiait en entrevue la semaine dernière Guy Amyot, secrétaire général du conseil et président par intérim, sans toutefois révéler alors le nom du nouveau président. Le nom de John Gomery a été révélé par RDI et confirmé hier par des sources du Devoir.

Ni le CPQ ni M. Gomery n'ont commenté leur vraisemblable alliance. Peu importe, le nouveau président aura du pain sur la planche pour repositionner le Conseil en crise. Plusieurs diffuseurs privés (TVA, TQS, Astral et Corus) l'ont quitté en décembre 2008. Le dernier président (Raymond Corriveau) et son vice-président (Denis Plamondon) ont démissionné à la fin de mai 2009, notamment parce qu'ils ne croyaient plus possible d'autoréguler le secteur. Ils favorisaient une intervention plus forte de l'État.

«On a vécu une crise qui a été réglée en partie par le conseil d'administration, explique M. Amyot. Il a été décidé que la mission du Conseil reste la même, soit la défense de la liberté de presse et du droit du public à une information de qualité. Les deux mandats sont aussi confirmés. Le tribunal d'honneur reçoit donc les plaintes concernant tous les médias, y compris ceux qui nous ont quittés. Il continue également d'animer le débat public autour de ses principes.»

L'éthique va particulièrement intéresser le Conseil dirigé par le président Gomery, réputé être d'une intégrité sans tache. L'organisme souhaite renouveler son code de déontologie. Le directeur évoque des colloques, des publications, des recherches et «l'animation du milieu».

Seulement, pour relancer la machine, il faut de l'argent et le Conseil en manque depuis toujours. «Le sous-financement chronique n'est plus viable», résume le directeur, qui ajoute être «en négociations intensives» avec le gouvernement pour régler ce problème.

Québec fournit environ le quart des quelque 400 000 $ du budget annuel. Le Conseil souhaiterait fonctionner avec au moins 150 000 $ de plus. «Nous préconisons le principe de la parité, explique M. Amyot. Un dollar privé serait doublé par un dollar de l'État.»