Les Amis du Devoir 2.0

Moins d'un siècle après la création de la Fondation des Amis du Devoir — c'était en 1915 —, un groupe de simples lecteurs ont décidé d'investir les espaces numériques de communication afin d'exprimer, eux aussi, et avec les outils de leur temps, leur attachement au quotidien fondé il y a un siècle par Henri Bourassa.

Comment? Par l'entremise d'un groupe d'admirateurs baptisé «Je lis Le Devoir», qui a désormais pignon sur Web dans le réseau de socialisation en ligne Facebook. Près de 600 internautes y ont adhéré, depuis sa création il y a environ trois ans, formant du coup ce qu'il est permis d'appeler «Les Amis du Devoir 2.0». Pourquoi pas?

«Au départ, le groupe se nommait "Je lis Le Devoir et je ne suis pas snob"», se souvient Jonathan Dagenais, chef d'un orchestre de Laval, professeur de musique, mais aussi administrateur actuel de ce groupe. C'était, dit-il, «un groupe très militant» qui faisait la promotion du quotidien comme rempart à l'obscurantisme tout en défendant avec vigueur son accessibilité et son importance sociale. Puis le segment «je ne suis pas snob» a disparu, le ton revendicateur s'est atténué et le groupe a continué à s'étoffer.

Pas très loin des groupes comme «Je lis donc je suis», «Je suis de gauche, je ne lis pas Libération», «Je lis Le Figaro et ça me perturbe» ou «Je lis le journal Le Monde et Le Monde diplomatique et j'aime l'actualité», le groupe «Je lis Le Devoir» se présente comme une communauté d'internautes partageant un intérêt commun pour un quotidien «libre et indépendant» qui «n'est au service d'aucune idéologie, ni d'aucun parti politique», peut-on lire à la porte d'entrée de cette salle de réunion numérique.

David Provost-Robert, étudiant en journalisme, y a atterri il y a quelques mois par hasard. «Mais comme je lis Le Devoir depuis que j'ai 17 ans, j'y ai tout de suite adhéré, dit-il. C'est une façon pour moi d'afficher mes couleurs dans Facebook.» Le Devoir a rencontré plusieurs représentants de ce groupe dans le cadre très matériel de ses bureaux de la rue de Bleury.

Le retraité Jacques Fournier était sur la liste des invités. «Je me suis retrouvé là pour deux raisons, explique-t-il. La première était politique. Le Devoir est porteur d'un message politique qui m'a toujours intéressé. La deuxième était intergénérationnelle. Par l'intermédiaire de ce groupe, et par Facebook en général, je peux communiquer avec mes neveux et nièces, avec qui j'aime réfléchir sur la repolitisation de la société.»

Pour se montrer, pour s'engager, pour discuter, pour partager, pour revendiquer ou tisser des liens, le groupe «Je lis Le Devoir» semble finalement répondre à différents besoins des communautés numériques au temps du Web 2.0, tout en permettant au quotidien de «sortir de son image de journal pour personnes âgées», croit Johanne Dugas, spécialiste en relations internationales et membre du groupe. «C'est aussi un endroit facile d'accès où l'on peut discuter avec des personnes qui ont les mêmes intérêts que nous, ajoute M. Dagenais. C'est agréable et Facebook facilite ce genre d'interactions.»

Le réseau de socialisation, d'origine américaine, qui a séduit à ce jour plus de 350 millions de personnes à travers le monde, est ainsi fait. «On dit souvent aussi que c'est un endroit qui fait la promotion du vide, expose avec lucidité M. Fournier. C'est peut-être vrai. Mais rien ne nous empêche de travailler pour y mettre un peu de profondeur. Le Devoir est d'ailleurs bien placé pour faire ça», conclut le retraité engagé et branché.
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