Tout est politique...

La politique a toujours occupé une place prépondérante dans les pages du Devoir. Dans ce document de 1935, Alexis Gagnon, correspondant parlementaire à Québec, donne un aperçu de son boulot, et bat du fait même en brèche l'idée que le cynisme à l'endroit de la classe dirigeante serait un phénomène récent...

«Le nouvelliste est spectateur non des illusions du parterre, écrit-il, mais de la coulisse. Il voit la farine qui blanchit les faces, le gras-blanc qui masque les rides, les toiles défraîchies et craquelées que l'on monte en trompe-l'oeil électoral. Les acteurs répètent devant lui avant d'aller devant la galerie.»

«Aussi, après quelques années d'expérience et de désillusions, le nouvelliste n'est plus dupe des grands mots ni des grands gestes; il ne croit guère aux appels claironnants des partis politiques et à leurs oripeaux usés.»

Gagnon souligne que son travail consiste non seulement à trouver la nouvelle, mais aussi à rapporter des discours, une tâche souvent fastidieuse. «Ce n'est pas besogne toujours alléchante d'écouter pour la millième fois les mêmes argumentations, les redites, les explosions d'une rhétorique barbouillée. Le député, comme le poète, a sa petite vanité d'auteur. Il s'imagine volontiers exprimer des idées foudroyantes de clarté, destinées à transformer l'âme des peuples», dit-il.

Le reporter relate que des élus sont parfois courroucés d'avoir vu leurs propos mal rapportés, mais qu'un petit remaniement du texte peut tourner à leur avantage... «Que de services le nouvelliste politique n'a-t-il pas rendus aux députés! Sinon par pitié, du moins par un impérieux besoin de clarté et de concision, il refait les discours, ampute les longueurs, supprime les tournures alambiquées, pour y substituer des phrases claires et qui vont droit au but. Ce qu'il a caché d'âneries, de phrases creuses et imbéciles!»

Les têtes de Turc favorites de Gagnon sont les membres du Conseil législatif, au sujet desquels il écrit: «Et puis plaçons ici une confession: ils ne dorment pas aussi souvent que je l'ai parfois laissé entendre; j'irai plus loin: jamais je n'en ai entendu ronfler, car je ne les ai que vus ronfler.»

«Le Conseil législatif siège rarement, poursuit-il. Comme les conseillers n'ont pas d'électeurs à soigner, ils n'éprouvent nullement besoin de faire des discours, et c'est autant de rhétorique perdue pour l'édification de la jeunesse.»

On laissera à Émile Benoist, correspondant à Ottawa, le soin de conclure sur la façon dont le journaliste s'y prend pour débusquer la nouvelle.

«Ce sont là secrets de métier qu'il ne convient pas de révéler même dans un numéro de vingt-cinquième anniversaire. S'il fallait tout faire savoir au grand public, ça serait trop simple. Tout le monde voudrait devenir courriériste parlementaire. Sachons au moins sauvegarder un peu du mystère qui entoure l'exercice de notre métier. Disons qu'il faut avoir des oreilles, savoir écouter, avoir des yeux, s'en servir, tenir sa langue... et faire aller celle des autres.»
1 commentaire
  • Andrew Savage - Inscrit 24 janvier 2010 22 h 20

    Titre indésirable...

    Même si je n'ai pu lire votre article au complet, votre titre en dit suffisamment long pour affirmer que vous risquez de faire fausse route.

    Pourquoi ? Parce que il est faux d'affirmer que tout est est politique. Il serait préférable de dire, si on veut vraiment dire quelque chose, que tout est désir.

    La politique n'étant qu'une forme du désir.