La photographie au Devoir : du noir et blanc à la couleur

Exposition Sympathy for the Devil au Musée d’art contemporain, en 2008
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Exposition Sympathy for the Devil au Musée d’art contemporain, en 2008

Presque inexistante aux premiers jours du journal, la photo en est venue à jouer un rôle de plus en plus important dans nos pages comme dans tous les journaux. Petite rétrospective.

Même si la photographie existait avant le début du siècle dernier, elle fut très peu mise à contribution pour illustrer les nouvelles durant les trente premières années d'existence du Devoir. Seuls des portraits de nominations ou des photos à caractère promotionnel étaient publiés, par exemple pour la tenue de spectacles, de concerts, d'opéras ou de pièces de théâtre, et aussi des affiches annonçant la sortie de films projetés dans les salles de cinéma. Tout cela générait des revenus publicitaires pour le journal. Exceptionnellement, lorsque le pape Pie X est mort, le 20 août 1914, Le Devoir a publié à la une, pour la première fois, une photo en noir et blanc illustrant Sa Sainteté.

Après la nomination de Gérard Filion en 1947, on vit apparaître graduellement des photos en provenance d'agences de presse, telles que Toronto Star, Canadien Press et United Press. Parallèlement, Le Devoir requérait plus souvent les services de photographes collaborateurs. On retient entre autres les noms de Claude Léger, Bernard Lauzé et Jerry Donati. Ce dernier avait même obtenu le privilège d'installer une chambre noire au quatrième étage de l'édifice du Devoir, alors situé au 430 de la rue Notre-Dame Est, dans le Vieux-Montréal.

Une chambre noire... puis le reste

En 1972, sous la direction de Claude Ryan, Le Devoir déménagea au 211 de la rue Saint-Sacrement, où cette chambre noire ne fut pas réinstallée. C'est seulement lorsque Alain Renaud fut embauché comme premier photographe permanent en 1974 qu'une chambre noire toute neuve au sous-sol de l'édifice lui fut consentie.

À partir de ce moment-là, beaucoup plus d'événements locaux firent l'objet de reportages illustrés en photos noir et blanc. Trois ans et demi plus tard, Alain Renaud obtint un congé sans solde pour écrire un livre sur la photo de presse. Une fois son livre terminé, il démissionna pour choisir une nouvelle carrière. Le 23 janvier 1978, après l'avoir remplacé comme pigiste pendant huit mois, je devins à mon tour le seul photographe permanent durant treize années consécutives. En 1991, mon collègue Jacques Nadeau fut lui aussi embauché pour former «l'équipe» des photographes permanents. À partir de ce moment-là, le partage des affectations fit en sorte qu'un plus grand nombre de photographies purent accompagner les textes couvrant les événements et les reportages thématiques.

La couleur

Il fallut cependant attendre 1992 pour que la couleur fasse son apparition de façon régulière dans les pages du Devoir. Sous la gouverne de Lise Bissonnette, le journal déménagea de nouveau, cette fois au 2050 de la rue de Bleury, à proximité de la Place des Arts. Un espace plutôt restreint fut réservé à l'installation d'une chambre noire équipée d'appareils automatisés servant au développement de films couleur. Les scanners de films, branchés sur ordinateurs, ont déjà fait leur apparition pour éliminer la nécessité d'imprimer les photos sur papier. Ce sont maintenant des dossiers numériques qu'ils produisent pour le traitement des photos sur écran d'ordinateur.

Dès lors, la couleur est réservée pour la photo principale en première page du Devoir. À l'intérieur du journal, il arrive aussi que des photos soient publiées en couleurs, principalement dans les pages assorties d'annonces publicitaires colorées. Puis, ce sera au tour des cahiers de fin de semaine de bénéficier graduellement de la couleur pour leur première page. L'Agenda du Devoir va aussi emboîter le pas dans cette direction.

Lorsqu'en 1995 Fuji annonce la sortie d'un appareil photo révolutionnaire 100 % numérique qui n'utilise pas de pellicule, c'est le début d'un rêve qui commence à se réaliser.

Le numérique

Cette invention n'aura pas tardé à fouetter la concurrence. Dès l'année 2000, Nikon lance son premier appareil photo numérique destiné aux photographes professionnels. Le boîtier seul coûte 7500 $, avec un capteur qui dépasse à peine les trois millions de pixels.

Trois années plus tard, Canon relève le défi en offrant un modèle numérique qui renferme un capteur plein format équivalant à la surface d'un négatif 35 mm avec 11,5 millions de pixels! La qualité de ce nouvel appareil photo numérique trouve cependant son équivalence dans le prix à payer, qui se chiffre à 1000 $ par million de pixels.

La performance accrue des appareils photo numérique autorise maintenant la publication de photos couleur qui peuvent couvrir la pleine grandeur des pages du Devoir.

Depuis le début de 2009, à la suite d'un changement d'imprimerie, presque toutes les pages du journal offrent la couleur à ses lecteurs.
1 commentaire
  • Alain Renaud - Inscrit 14 janvier 2010 00 h 10

    Histoire de voir

    Merci d'avoir mentionné ma contribution passionnée à l'aventure photographique du DEVOIR.

    L’aventure dura effectivement cinq ans: j’ai débuté avec 18 mois de pige où image par image et jour après jour je produisais quotidiennement de un à quatre reportages. Ma persévérance permit à Michel Roy, rédacteur en chef et Jean Francoeur, chef de pupitre, ainsi qu’à l’équipe journalistique d’apprécier mon travail et son impact sur les lecteurs.

    Une couverture photo très personnelles et des unes plaçant la photo en force permirent au journal de se placer fièrement dans l’ère du photo-reportage.
    Fait cocasse, l’article qui précède mentionne qu’au printemps1992, la première photo couleur orne la une. À la demande de M. Roy, seize ans après avoir quitté le quotidien, j’ai eu le plaisir et l'honneur de produire cette image qui marquait une étape pour le journal.

    Il est aussi intéressant à noter que la création du poste de photographe a été rendue possible grâce aux pressions de l’équipe journalistique auprès de la direction qui en 1974 ne voyait pas encore l’importance de s’attacher les services à plein temps un chasseur d’image.

    Dernière cocasserie: le nom de famille qui signait mes images portait alors un D: une coquille l’a malheureusement modifié dans l’article de M. Grenier. Les plus visuels se seront rappelé que celui-ci est bien RENAUD.

    Merci de corriger.

    Alain Renaud
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