12 septembre 2001 - Une tragédie sans nom

Bernard Descôteaux Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les tensions mondiales ne peuvent plus être «contenues» par des rapports militaires. Les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone survenus hier matin ont révolté tout le monde occidental. La réaction est unanime. Comment ne pas voir dans ces gestes froidement planifiés et orchestrés une action d'une barbarie sans nom que seul le fanatisme peut autoriser?

On ne sait quels qualificatifs utiliser pour décrire ces attaques terroristes aux allures d'apocalypse, dont il faudra encore plusieurs jours pour mesurer toute la portée et la signification. Nous avons vu et revu déjà des dizaines de fois sur nos écrans de télévision l'avion d'American Airlines emboutir la tour sud du World Trade Center. Nous avons vu et revu les deux tours s'effondrer, puis une troisième. Dans nos quotidiens d'aujourd'hui, on examinera avec soin les photos nous montrant l'horreur. Pendant des mois, on reverra ces images.

Il faudra s'en imprégner car on ne peut admettre que cela se reproduise, que ce soit chez nos voisins américains ou chez nous. Désormais, il faut cesser de se croire à l'abri de tels drames.

Au-delà de l'émotion, il nous faut en effet réaliser que c'est notre propre sécurité qui est en cause. Ceux qui ont orchestré cette tragédie ont voulu que ce drame soit vécu et ressenti par tout l'Occident. Ils savaient que la télévision porterait leur message. Ils nous disent que nous faisons partie d'un monde qu'ils rejettent et que cette guerre qu'ils lui déclarent nous concerne tous. Qu'elle nous touchera tous.

Les frontières ne sauront les arrêter. Qu'on le veuille ou non, nous serons tous leurs victimes. Ces gens-là ne font pas de nuances. Ils n'ont qu'un seul ennemi, l'Occident, et nous, Québécois et Canadiens, en sommes, peu importe les réserves que nous puissions entretenir en notre for intérieur à l'égard de la domination américaine sur cet Occident.

On ne pouvait, au moment d'écrire ces lignes hier soir, identifier les auteurs et les commanditaires de cette agression terroriste sans précédent. Viennent spontanément à l'esprit des événements précurseurs que nous avons rapidement écartés de nos pensées au moment où ils se sont produits. Rappelons-nous cet attentat contre le World Trade Center en 1993. Puis cet attentat prémédité contre un grand aéroport de la côte Ouest américaine, que l'arrestation du ressortissant algérien Mokhtar Haouari vivant à Montréal a fait avorter. Sont-ce les mêmes personnes et les mêmes groupes qui ont frappé à New York et Washington? À défaut d'avoir leurs empreintes, on reconnaît tout au moins la signature du terrorisme islamiste.

Aucune cause, si juste soit-elle, ne saurait justifier des actes terroristes lorsqu'ils visent des victimes dont la seule faute est de ne pas partager les mêmes valeurs que leurs assaillants. Que l'on attaque de nuit un village algérien dont on égorgera tous les habitants à l'arme blanche ou que l'on conduise en plein jour une attaque kamikaze sur New York, c'est le même sentiment de révolte qui nous étreint. La cause que l'on prétend défendre perd dès lors toute justesse.

Ces attaques sur New York et Washington ne sont pas un geste politique. Elles sont d'une autre dimension. Lorsqu'on s'attaque ainsi à des civils innocents, ce n'est pas à un gouvernement ou à un pays qu'on livre la guerre mais à une civilisation. Ce n'est pas la raison qui nous guide mais le fanatisme.

Reprenons ici le titre de l'ouvrage de Samuel P. Huntington, Le Choc des civilisations, paru en français en 1998. La thèse qu'y soutient Huntington trouve peut-être son illustration dans les événements d'hier. «Dans ce monde nouveau, les conflits les plus étendus, les plus importants et les plus dangereux n'auront pas lieu entre classes sociales, entre riches et pauvres, entre groupes définis selon des critères économiques, écrit-il, mais entre peuples appartenant à différentes entités culturelles.» Lorsque George W. Bush affirmait hier matin que «c'est la liberté qui a été attaquée», il a raison. Ceux qui ont commis ces attaques ne conçoivent toutefois pas la liberté de la même manière que nous la concevons. Avons-nous assisté à un premier choc des civilisations? Le penser nous permet de donner aux événements d'hier un minimum de sens. Les questions auxquelles il faudra répondre sont nombreuses et les réponses proposées seront multiples. Chose certaine, nous mesurons aujourd'hui à quel point le monde a changé. Les rapports entre les sociétés se sont transformés. Les tensions mondiales ne peuvent plus être «contenues» par des rapports militaires comme elles l'étaient à l'époque de la guerre froide. Au contraire, elles s'étendent et nous atteignent dans notre vie quotidienne, où on nous attaque avec des armes qui ne sont pas les nôtres.

Reprenons ici le titre de l'ouvrage de Samuel P. Huntington, Le Choc des civilisations, paru en français en 1998. La thèse qu'y soutient Huntington trouve peut-être son illustration dans les événements d'hier. «Dans ce monde nouveau, les conflits les plus étendus, les plus importants et les plus dangereux n'auront pas lieu entre classes sociales, entre riches et pauvres, entre groupes définis selon des critères économiques, écrit-il, mais entre peuples appartenant à différentes entités culturelles.» Lorsque George W. Bush affirmait hier matin que «c'est la liberté qui a été attaquée», il a raison. Ceux qui ont commis ces attaques ne conçoivent toutefois pas la liberté de la même manière que nous la concevons. Avons-nous assisté à un premier choc des civilisations? Le penser nous permet de donner aux événements d'hier un minimum de sens. Les questions auxquelles il faudra répondre sont nombreuses et les réponses proposées seront multiples. Chose certaine, nous mesurons aujourd'hui à quel point le monde a changé. Les rapports entre les sociétés se sont transformés. Les tensions mondiales ne peuvent plus être «contenues» par des rapports militaires comme elles l'étaient à l'époque de la guerre froide. Au contraire, elles s'étendent et nous atteignent dans notre vie quotidienne, où on nous attaque avec des armes qui ne sont pas les nôtres.

Les attaques contre les deux tours du World Trade Center et le Pentagone nous obligeront tous à revoir notre rapport au terrorisme. Personne ne peut plus se prétendre à l'abri en Amérique du Nord, ce qui vaut tout particulièrement pour nous, au Canada, où les citoyens et les autorités gouvernementales ont toujours traité cette question avec un fort degré de naïveté. Les Américains nous l'ont reproché à quelques reprises ces dernières années alors qu'ils soutenaient que le Canada jouait le rôle de foyer d'accueil pour de nombreux groupes terroristes internationaux.

La société a le droit et le devoir de se protéger. Il ne s'agit surtout pas de tomber dans une paranoïa qui pourrait conduire à des chasses aux sorcières insensées, mais il faut que les autorités policières et gouvernementales acceptent le fait que le terrorisme international est une menace sérieuse tout autant pour le Canada que pour les États-Unis.