25 novembre 2005 - Lancer Kyoto 2 à Montréal

Louis-Gilles Francoeur Collaboration spéciale
Une mosaïque installée à l'extérieur de la Conférence internationale de Montréal.
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi Une mosaïque installée à l'extérieur de la Conférence internationale de Montréal.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Plusieurs indicateurs scientifiques pointent en direction d'une intensification des changements climatiques, bien au-delà des prévisions du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, le contrôleur scientifique de l'ONU. La Conférence internationale de Montréal, qui s'ouvre lundi, offre aux signataires du protocole de Kyoto la possibilité de démontrer leur sérieux en amorçant la deuxième phase de ce traité afin de lancer le processus de négociations sur les objectifs de réduction pour la période 2012-2020, celle qui devrait associer les pays du G5, soit la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et le Mexique, à côté d'une Europe déterminée à ouvrir la marche.

Opposés à toute forme de multilatéralisme, les États-Unis risquent fort de s'isoler davantage à Montréal, au moment où leur suprématie économique s'effrite. Ils vont donc tenter d'amorcer un nouveau cycle de pourparlers en marge du protocole de Kyoto pour mieux le paralyser, même si, chez eux, le Sénat, les grandes villes et une trentaine d'États veulent de plus en plus ouvertement engager la lutte contre les gaz à effet de serre (GES). Les États-Unis sont le seul pays ayant refusé en juillet, à la conférence du G8 tenue à Gleneagles, en Écosse, d'accélérer la cadence pour enrayer le réchauffement du climat. Les pays du G8, qui regroupent 13 % de la population mondiale, émettent 45 % des GES. Les États-Unis, avec 5 % de la population mondiale, rejettent 25 % des émissions anthropiques.

Plusieurs organismes tentent de cerner ce qui se passera si on n'enraye pas cette croissance du CO2 atmosphérique. En septembre, les chercheurs du US National Snow and Ice Data de l'Université du Colorado ont constaté que la fonte de la calotte polaire cet été avait atteint non seulement un record, mais peut-être aussi un «seuil critique» au-delà duquel la planète pourrait entrer, ont-ils dit, dans une phase de réchauffement irréversible. Cette calotte blanche, qui réfléchit une grande partie du rayonnement solaire, s'est rétrécie de 18,2 % par rapport à sa surface moyenne historique. Cette situation, sans précédent depuis des millénaires, pensent les chercheurs, provoquera une plus grande absorption de chaleur solaire par l'océan Arctique, ce qui aggravera le phénomène d'année en année.

Plusieurs de ces synergies — une conséquence du réchauffement devient un facteur qui l'accélère — n'apparaissaient pas dans les anciens modèles prévisionnels sur le climat, ce qui explique qu'ils sont peut-être en deçà de ce qui s'en vient. Dans l'Arctique, la fonte croissante de la calotte est observée depuis quatre années consécutives. Mais on a noté dans cette région un autre phénomène nouveau, soit la croissance d'une végétation arbustive durant des étés plus longs. Cette végétation nouvelle perce la neige et réduit l'albédo, ou réflexion solaire, augmentant d'autant encore une fois l'absorption de la chaleur et intensifiant le dégel du permafrost. L'institut Goddard de la NASA a d'ailleurs mesuré avec précision le phénomène en avril, établissant que chaque mètre carré du sol terrestre absorbe désormais un watt d'énergie de plus qu'il n'en renvoie vers l'espace. Il s'agirait de la première mesure empirique du réchauffement climatique modélisé jusqu'à présent.