Bilan de l'année d'Influence Communication - Crise et pandémie: les deux mamelles des médias québécois en 2009

Le bilan révèle encore à quel point le sport constitue une obsession des médias québécois.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le bilan révèle encore à quel point le sport constitue une obsession des médias québécois.

En janvier dernier, la rumeur de l'échange du joueur de hockey Vincent Lecavalier a monopolisé plus d'espace médiatique au Québec que la mort de Jean Paul II en 2005. «Les médias priorisent-ils ce qui est important?», demande le bilan de l'année de la firme Influence Communication.

Le journal idéal ou le téléjournal type de 2009 au Québec place en manchette l'épidémie et la crise financière. Le duo inquiétant compose le quart de l'actualité de l'année qui s'achève. En 2008, la faveur avait plutôt été accordée au sport et à la politique, tandis que 2007 misait sur la politique et les accommodements raisonnables. En 2006, la grosse manchette allait à la guerre.

Ces informations sur les informations proviennent du bilan concocté par Influence Communication (influencecommunication.ca). La firme a analysé le contenu de 1,9 million d'«éléments de nouvelles» provenant des médias traditionnels du Québec jusqu'à la semaine dernière, soit les quotidiens (y compris Le Devoir), les magazines, les hebdos, la radio et la télé.

La grippe A(H1N1) et la crise du capitalisme n'ont été sorties du palmarès des nouvelles de la semaine qu'à cinq reprises, une fois sur dix, quoi. Par contraste, la durée de vie moyenne d'une info oscille autour de 24 heures. À peine une sur dix dure plus de trois jours et une sur cent, plus d'une semaine.

Dans ce lot, deux sujets persistants se démarquent, soit Barack Obama et Henri-Paul Rousseau, ancien président de la Caisse de dépôt. Le congédiement de Guy Carbonneau comme entraîneur du Canadien de Montréal a aussi monopolisé l'attention pendant plus d'une semaine, en fait plus que ne l'ont fait les émeutes de Montréal-Nord, la fusillade du collège Dawson et l'effondrement du viaduc de la Concorde.

Le bilan révèle encore à quel point le sport constitue une obsession des médias québécois. La polarisation de l'information autour de l'échange de Marian Hossa au club du Canadien, qui ne s'est finalement jamais concrétisé, a occupé soudainement autant d'espace que le dépôt du budget fédéral de Jim Flaherty. Les experts parlent alors d'une «éclipse médiatique» pour décrire ce phénomène rare et spectaculaire.

Cinq des quinze nouvelles les plus couvertes en 2009 au Québec concernent directement le hockey. La rumeur de l'échange de Vincent Lecavalier, qui a monopolisé près de 12 % du contenu en une journée de janvier, reçoit d'ailleurs le prix du Bogue de l'an 2009, une distinction accordée par l'équipe d'Influence Communication à un événement surmédiatisé. Cette rumeur a eu plus d'attention que la mort de Jean Paul II en 2005. Le Canadien occupe 85 % des nouvelles sportives au Québec, qui elles-mêmes figurent au 3e rang des sujets les plus couverts.

«On croit souvent que la presse traite essentiellement de ce qui est important, note en introduction de l'étude Jean-François Dumas, président fondateur de la firme. Si c'était le cas, on pourrait imaginer que la situation dans les urgences s'est grandement améliorée, car très peu s'en sont souciés cette année.»

Le sujet de l'environnement était en chute libre (de 46 %), mais a probablement repris du mieux à la faveur du sommet de Copenhague. Les médias québécois demeurent fortement nombrilistes, avec 1,7 % du poids des nouvelles fourni par l'information internationale, par rapport à 5,6 % dans les médias canadiens et 10 % ailleurs dans le monde. Le reste du Canada est moins couvert ici que les faits insolites. L'info québécoise est aussi franchement monomaniaque de météo, même par rapport à celles des autres provinces.

«J'ai vérifié, il y a aussi un hiver ailleurs au Canada, ironise M. Dumas en entrevue au Devoir. Par contre, les médias québécois ne tombent pas dans les travers de la presse jaune, celle des paparazzi et des tabloïds bas de gamme. Nos médias n'ont pas que des travers... »

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