Médias - Par ici la sortie

Les tribulations continuent à la Tribune de la presse de Québec. Le Journal de Montréal demande le retrait des accréditations de deux de ses journalistes en lockout, selon les informations obtenues par Le Devoir. Ces deux correspondants, Mathieu Boivin et Yves Chartrand, couvrent l'Assemblée nationale pour RueFrontenac.com, un site mis en place par les syndiqués du quotidien en lockout depuis une dizaine de mois.

La question des accréditations taraude la Tribune depuis des mois. L'organisme, qui rassemble tous les journalistes professionnels couvrant l'Assemblée nationale, a modifié ses statuts cet automne pour reporter l'étude des accréditations d'un média lié à un conglomérat aux prises avec un conflit de travail. C'est le cas au Journal de Montréal, propriété de Quebecor. L'affaire est devant les tribunaux puisque Quebecor conteste le pouvoir de la Tribune plutôt présenté comme un privilège du président de l'Assemblée nationale.

C'est d'ailleurs à ce dernier que l'éditrice du Journal de Montréal (JdeM), Lyne Robitaille, a adressé la requête de «désaccréditation» des deux journalistes, le 10 novembre. «Bien que les deux journalistes soient des employés du Journal, dans la réalité ils travaillent pour RueFrontenac.com, dit Isabelle Dessureault, vice-présidente affaires publiques de Quebecor. Nous demandons donc que soient révoquées leurs accréditations et qu'ils soumettent une nouvelle demande.»

Le président, Yvon Vallières, a répondu le 20 novembre. Il a répété ce qu'il souligne depuis des semaines, à savoir que l'accréditation est l'affaire de la Tribune de la presse depuis 1871. Le président a d'ailleurs transmis la requête de l'éditrice à cette instance. «Nous sommes très surpris de cette demande», dit le président de la Tribune, Pierre Duchesne, lui-même journaliste à Radio-Canada. La direction de la Tribune l'examinera en bonne et due forme dans les prochains jours.

Mme Dessureault souligne que le fait de travailler pour une entreprise de presse constitue l'une des conditions de la reconnaissance d'un journaliste. «Est-ce que RueFrontenac sera considéré comme une entreprise de presse?, demande la vice-présidente de Quebecor. Nous ne le croyons pas. D'ailleurs, la présentation sur le site parle d'un moyen de pression syndical.»

Le porte-parole du site balaie cet argument en précisant qu'il faut ne pas avoir fréquenté RueFrontenac pour ne pas y voir un travail journalistique. «C'est totalement inacceptable qu'un média demande que les journalistes d'un autre média soient mis à la porte d'une institution, dit Richard Bousquet, coordonnateur du site. Et si le nom du média de nos journalistes a changé, c'est contre notre volonté, à cause du lockout.»

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