Fédération professionnelle des journalistes du Québec - Coups d'éclat dans la course à la présidence

Il n'y a pas que les déboires de l'ADQ si on s'intéresse aux divertissantes luttes fratricides. Depuis quelques jours, il y a presque autant de brasse-camarade, d'attaques pernicieuses et de revirements dans la course pour la direction de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Les surprises se succèdent à un bon rythme. La première étant le retrait de la course de Martin Bisaillon, un des deux candidats à la présidence, vite remplacé par un membre de son équipe, soit Brian Myles, du Devoir.

Les élections auront lieu en fin de semaine, à Sherbrooke, pendant le congrès annuel de la Fédération, qui réunit aussi bien des patrons de presse que des reporters et des pigistes. Fait à noter, il s'agit de la première véritable course à la présidence de l'organisme depuis sa fondation il y a quatre décennies.

Avant-hier, en début de soirée, François Bourque, chroniqueur au Soleil et président sortant de la Fédération, a écrit à tous les membres pour appuyer la candidature à sa succession de François Cardinal, de La Presse, et noircir du même coup celle de Martin Bisaillon, un lockouté du Journal de Montréal (JdeM). La missive envoyée à tous les membres de la FPJQ renvoyait à une page virtuelle colligeant de prétendues déclarations-chocs de ce dernier, glanées sur des blogues depuis des mois. On y retrouve notamment des insultes grossières à l'endroit de Pierre Karl Péladeau, propriétaire du JdeM.

Martin Bisaillon a annoncé hier midi son retrait de la course à la présidence. «Il est bien évident que ma candidature est devenue controversée et porteuse de divisions», a-t-il écrit dans une déclaration envoyée après une réunion d'urgence de son équipe. Il a alors été annoncé que M. Myles le remplaçait. Les autres candidats à différents postes de la direction demeurent en lice, soit Michel Corbeil (Le Soleil), Isabelle Richer (Radio-Canada) et André Noël (La Presse). Ils font équipe en groupe lié et s'annoncent comme tous à prendre ou chacun à laisser.

Sa riposte ratisse large. «Au cours des derniers jours, le président sortant de la FPJQ, le secrétaire de l'exécutif de la FPJQ, le rédacteur en chef du Trente [le magazine de la Fédération] et des personnes anonymes ont mis en doute de diverses manières mon leadership comme candidat à la présidence de la FPJQ, notamment parce que je suis un journaliste en lock-out et que le mécontentement que j'éprouve actuellement à l'égard de mon employeur nuirait, selon eux, à mon objectivité, écrit aussi le candidat autopeluredebananisé. Je laisse aux membres de l'organisation le soin de juger de leurs méthodes, qui en disent long sur leur manière de concevoir le journalisme et la démocratie.»

L'autre candidat en a ensuite rajouté à son tour en après-midi. François Cardinal, qui fait équipe seul pour la présidence, a regretté les déchirements des derniers jours et demandé que cessent les attaques personnelles en s'appuyant sur «des déclarations de "blogues anonymes"» pour régler des comptes personnels.

«À ce sujet d'ailleurs, plusieurs ont été surpris et déçus que l'actuel président de la Fédération, François Bourque, fasse un lien vers un blogue non signé dans son dernier texte envoyé aux membres, écrit M. Cardinal. Je compte lui demander de retirer ce lien, tout comme je prie les partisans des deux camps de réfréner leurs ardeurs belliqueuses. En tant que journalistes professionnels, nous avons assurément des intérêts divergents. Mais nous avons surtout, à la base, des intérêts communs. Le débat d'idées peut se faire sans sacrifier ceux-ci.»

Son nouvel adversaire souligne que, pour autant qu'il sache, «il n'y a pas eu d'attaques de [leur] part». Il se sent donc d'autant moins interpellé par l'appel au cessez-le-feu. «J'ai accepté de prendre la relève de Martin [Bisaillon], après avoir obtenu l'assurance qu'Isabelle Richer, André Noël et Michel Corbeil allaient m'appuyer dans cette démarche, écrit Brian Myles. Les idées que nous avons soulevées collectivement ont suscité un tel enthousiasme qu'il nous apparaît important de poursuivre ce débat démocratique. La tenue d'une élection est saine, surtout dans le contexte actuel.»

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