Le documentaire à Canal D - La réalité est devenue... dramatique

Pour s'assurer de pouvoir présenter une programmation originale qui viendra toucher le public québécois, Canal D ne produit pas directement des oeuvres, mais la chaîne investit dans des projets d'auteurs, de réalisateurs et de producteurs indépendants. Une façon, pour l'équipe de Canal D, de participer à la construction et au maintien de l'industrie du documentaire au Québec.

«L'arrivée de Canal D n'a ni plus ni moins que changé le paysage télévisuel au Québec. Auparavant, il n'y avait pas de chaîne de documentaires», indique d'emblée Sophie Deschênes, productrice et associée chez Productions Sovimage.

Ainsi, Canal D a apporté une nouvelle façon de faire pour les différents acteurs du domaine de la télévision. L'arrivée de la chaîne a permis à de nombreux producteurs québécois de se lancer dans la série documentaire.

«Ce fut le grand changement. On a commencé à se pencher sur des sujets de longue haleine avec lesquels on pourrait faire plusieurs épisodes. On a aussi commencé à faire des reconstitutions dramatiques, chose qu'on faisait très peu dans le documentaire traditionnel», explique Mme Deschênes, qui a produit une des premières séries documentaires originales pour Canal D, Des crimes et des hommes, qui présentait l'histoire du crime au Québec.

Le crime rapporte...

Tout ce qui touche de près ou de loin au crime et à la justice fonctionne particulièrement bien auprès des téléspectateurs de Canal D. Après Des crimes et des hommes, Sophie Deschênes a produit Missions secrètes, sur l'histoire de l'espionnage au Québec et au Canada. Elle a produit les trois séries d'Enquêtes, ainsi que Victimes, une série qui dénonce les cas d'abus, de négligence et d'incompétence, dont la deuxième saison est en ondes présentement. La productrice planche maintenant sur une autre série qui parlera de gens qui sont morts parce qu'ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment.

Certaines séries documentaires durent particulièrement longtemps à Canal D. Par exemple, chez Pixcom, André Dupuy a déjà produit cinq saisons de la série Un tueur si proche et il travaille actuellement sur deux nouvelles. Très populaire, cette série parle de cas de simples citoyens qui, soudainement, sont devenus des fous meurtriers.

«Nous amenons les téléspectateurs à découvrir les germes décelables chez la personne qui a commis un crime atroce. Les épisodes amènent aussi les gens à se demander s'ils seraient capables de voir venir un tel drame dans leur entourage et, si oui, s'ils pensent qu'ils arriveraient à empêcher qu'il se produise», explique André Dupuy, joint par Le Devoir à Cuba, où il tourne un film sur le commandant Robert Piché.

Évidemment, chaque épisode d'Un tueur si proche est très émotif, puisqu'il plonge les téléspectateurs dans un véritable drame humain. D'ail-leurs, le danger de tomber dans le sensationnalisme est toujours présent.

«Il faut toujours s'assurer qu'on garde un bon équilibre entre l'intérêt des téléspectateurs et le respect des gens concernés par le crime», ajoute-t-il.

Des sujets audacieux

S'il y a beaucoup de crimes, d'enquêtes et d'accidents à Canal D, il y a aussi bien d'autres sujets originaux. Par exemple, Josette Normandeau, productrice et présidente chez Idéacom, travaille présentement à une série scientifique sur l'intelligence des pieuvres.

«C'est tout simplement fascinant! C'est aussi très intéressant pour les créateurs québécois, parce que plusieurs scènes sont filmées en plongée, alors il y a de bons défis techniques à relever», explique-t-elle.

Auparavant, elle a travaillé sur Bushido, une série documentaire sur les arts martiaux pour laquelle elle s'est rendue aux quatre coins du monde. Le projet avait été rendu possible grâce aux chaînes National Geographic International, History Television et Canal D, qui ont coproduit la série avec Idéacom. «Les coproductions nous permettent vraiment de faire des projets ambitieux», remarque Mme Normandeau.

Pour les plus petites productions, les budgets sont limités, alors il faut faire preuve d'imagination et de débrouillardise. Mais on peut tout de même arriver à faire des trucs très intéressants, d'après la productrice.

«Par exemple, en ce moment, nous tournons une série sur la lutte au Québec. Nous portons un regard sur cette sous-culture, sur les fans, sur la réglementation et sur les impacts sur la santé des adeptes. Ce sera en ondes en 2010 et on y découvrira des aspects insoupçonnés de la lutte!»

Un véritable coup de pouce aux films d'auteur

Canal D investit aussi énormément dans les documentaires d'auteur et multiplie les efforts pour que cette forme d'art rayonne véritablement au Québec.

Un bon exemple est le film Durs à cuire, dans lequel le réalisateur, Guillaume Sylvestre, suit les chefs du Pied de cochon, Martin Picard, et du Toqué!, Normand Laprise. Peu de gens le savent, mais ce film a d'abord été fait pour Canal D.

«J'ai travaillé longtemps dans les restaurants et j'ai toujours voulu faire quelque chose sur la cuisine. J'ai soumis mon projet à plusieurs personnes et ça ne débloquait jamais. Finalement, c'est arrivé dans les mains de Laurendeau [Jean-Pierre Laurendeau, vice-président programmation à Canal D] et, tout de suite, il a cru au projet», raconte Guillaume Sylvestre.

À ses yeux, il est clair que, sans Canal D, le film ne se serait pas fait. «Ce sont eux qui, essentiellement, ont financé le film. Mais il ne faut pas penser que c'est un film formaté pour la télé. Laurendeau, il prend des risques. Il m'a donné carte blanche pour le film.»

De plus, lorsqu'il a été question de distribuer le film en salles et, par la suite, de le sortir en DVD, Canal D a retardé sa date de diffusion au petit écran. Le but, c'était de permettre au film de vivre sur grand écran.

Ces dernières années, Canal D a investi dans plusieurs films d'auteur, en plus de Durs à cuire, comme Les Enfants du palmarès, de Marie-Josée Cardinal, Le Dernier Envol, d'Yves Langlois, et La Couleur de temps, de Ronald Boisrond, réalisé par Danic Champoux.

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Collaboratrice du Devoir