Double anniversaire - Il y a 15 ans, Canal D est entré en ondes

En janvier 1995, Astral Média a mis en ondes Canal D, une chaîne spécialisée dans la diffusion de documentaires. En janvier 2000, elle a offert Historia, consacrée à l'histoire. «Avec 3,6 millions de téléspectateurs chaque semaine, Canal D est, de toutes les chaînes spécialisées, celle qui a la plus grande portée», lance fièrement Judith Brosseau, vice-présidente principale à la programmation de Canal D, Historia et Série +. Astral Média s'apprête donc à célébrer le 15e anniversaire de Canal D et le 10e d'Historia.

«Il est amusant de penser que le documentaire est un genre extrêmement important dans l'histoire de la cinématographie québécoise — en raison de tout ce qu'a produit l'ONF — mais que, au milieu des années 1990, celui-ci n'était presque plus diffusé», rappelle Mme Brosseau.

C'est dans ce contexte que, à l'automne 1994, Pierre Roy, président d'Astral Média, requiert auprès du CRTC une licence pour lancer une chaîne dédiée à 50 % au documentaire. Pari audacieux, puisqu'on pouvait se demander non seulement s'il y aurait suffisamment de téléspectateurs intéressés par une telle chaîne, mais, surtout, s'il y aurait assez de documentaires de qualité pour alimenter Canal D. Ne risquait-on pas de voir sans cesse les mêmes documentaires ou une foule de mauvaises traductions américaines, comme cela se fait dans plus d'une chaîne spécialisée?

Surprises et succès inattendu

Au moment de la création de Canal D, Astral Média prévoyait diffuser du documentaire en tout genre ainsi que des séries-cultes (Bonanza, Les Rois maudits, etc.) et des films, rappelle Judith Brosseau. «Cependant, nous nous sommes vite rendu compte que le documentaire plaisait énormément à l'auditoire, dit-elle. Pour cette raison, et sans y être contraint par le CRTC, notre grille horaire de soirée est désormais occupée à 80 % par le documentaire. La seule chose que nous avons gardée, ce sont des émissions de variétés et d'humour. De la sorte, nous répondons simplement à la demande de nos téléspectateurs.»

Canal D a établi plusieurs «traditions», dont celle de la case biographie. «Au fil des ans, nous avons accumulé plusieurs centaines de portraits de Québécois qui ont marqué notre histoire, souligne Mme Brosseau, ce qui constitue un bel album de famille... Après quinze ans, cette case demeure toujours aussi populaire.»

Canal D a en outre institué la case «documentaire d'auteur» le dimanche soir. «Cette case est extrêmement importante, insiste Mme Brosseau, puisqu'on y diffuse des projets réalisés par des auteurs qui présentent une vision particulière.» C'est le cas d'oeuvres comme Les Enfants du palmarès, de Marie-Josée Cardinal, qui montre la démarche de parents cherchant à inscrire leurs enfants à l'école privée, ou encore Lacs sous la surface, de Pierre Brochu, qui dresse l'état de santé de nos lacs.

«C'est un genre qui n'était pas très populaire au départ, mais nous nous sommes entêtés pour en programmer tous les dimanches soirs, relate Mme Brosseau. Ce dont on est vraiment fier, c'est que, malgré les grandes émissions du dimanche soir [à Radio-Canada et à TVA], nous tirons notre épingle du jeu. Souvent, nos documentaires sont regardés par 100 000 téléspectateurs. Ce n'est pas rien!»

«Canal D est un généraliste du documentaire, et, comme nos parts de marché se portent très bien, voilà qui prouve qu'il y un bel appétit pour le documentaire, résume la responsable principale de la programmation. Nos abonnés nous disent que, en regardant Canal D, ils ont le plaisir d'apprendre quelque chose d'une façon divertissante.»

L'histoire à la portée de tous

Le bel accueil qu'a reçu Canal D a poussé Pierre Roy à se lancer, cinq ans plus tard, dans l'aventure d'Historia. «Nous nous sommes dit qu'il y avait place pour une chaîne dédiée à l'histoire au Québec, se rappelle Judith Brosseau. Notre défi: présenter une chaîne qui soit populaire tout en conservant la rigueur quant aux faits historiques.»

Au fil du temps, la direction d'Historia s'est aperçue que ce qui plaît le plus à l'auditoire, ce sont des émissions qui racontent une histoire sociale et proche du quotidien. Par exemple, rapporte Mme Brosseau, Historia diffusera en janvier une série traitant des «roulottes à patates frites». «Ça peut paraître curieux comme sujet, admet-elle, mais vous découvrirez que ce phénomène unique au Québec est étroitement lié à des réalités socio-économiques et régionales étonnantes. Vous verrez, c'est fascinant!»

Une autre série tout aussi surprenante, diffusée récemment, portait sur les sept péchés capitaux. «Le producteur nous a présenté des historiens qui ont situé les vieux péchés capitaux dans l'histoire moderne, raconte Mme Brosseau. Après tout, un Vincent Lacroix, c'est la version moderne de la cupidité!»

Autre série étonnante: J'ai la mémoire qui tourne, qui présente une foule d'extraits de films amateurs tournés par nos «mononcles» et qui jette un regard unique sur le quotidien des familles québécoises des années 1950 à 1980. «C'est une très jolie série qui a le mérite d'avoir été fabriquée à partir de films provenant de tout le Québec, insiste Mme Brosseau. Nous racontons ainsi l'histoire du Québec d'une façon intimiste. C'est vraiment bon!!!»

Le secret de la réussite

Judith Brosseau attribue une bonne part de la réussite des deux chaînes aux talents et à la passion de ceux et celles qui confectionnent les documentaires et les séries. «Il y a un foisonnement vraiment étonnant de talents au Québec en télévision en général, dit-elle. Il n'y a qu'à voir le succès de notre télévision — un phénomène unique au monde — et, tout particulièrement, l'abondance de talents dans l'univers du documentaire.»

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Collaborateur du Devoir