L'évolution de la programmation de Canal D - Pour la démocratisation du documentaire

Chaque semaine, 3,6 millions de personnes regardent Canal D. Pas mal pour une chaîne spécialisée dans le documentaire. «En fait, c'est la chaîne spécialisée au Québec qui occupe le premier rang en matière de portée hebdomadaire», indique Jean-Pierre Laurendeau, vice-président programmation de Canal D.

Pour faire en sorte que 3,6 millions de personnes se branchent semaine après semaine à Canal D, peut-on seulement compter sur le documentaire ? «Nous ne diffusons pas uniquement du documentaire, mais tout de même, depuis notre création il y a 15 ans, nous avons l'obligation de remplir notre grille horaire avec un minimum de 75 % de documentaires», indique M. Laurendeau.

Dans les 25 % restants, on a vu des séries et des films de fiction, tout comme des spectacles d'humour. Toutefois, on en voit de moins en moins. «Depuis trois ans, nous faisons encore plus de documentaires, et ce, dans des heures de grande écoute. Nous sommes peut-être rendus à 80 %», précise le vice-président programmation.

Toutefois, contrairement à la croyance générale, lorsqu'on parle de documentaires, on ne se limite pas aux films d'auteur. Loin de là! Il peut aussi bien être question de séries documentaires criminalistiques que de documentaires animaliers, des genres très populaires à Canal D.

La chaîne diffuse aussi de nombreuses biographies. «Nous avons réussi, au fil des ans, à rassembler un véritable portrait de famille du Québec, de Louis Cyr au géant Beaupré, en passant par Edgar Fruitier et Marina Orsini», affirme Jean-Pierre Laurendeau.

Une programmation variée, donc, pour plaire à un grand éventail de téléspectateurs.

«Notre programmation s'a-dresse aux gens curieux, aux gens qui ont envie d'apprendre. Et ce n'est pas une question d'éducation. D'ailleurs, en moyenne, nos téléspectateurs ont une formation collégiale et ce sont autant des hommes que des femmes, âgés de 25 à 54 ans», affirme Jean-Pierre Laurendeau.

L'évocation dramatique : un bon filon

Les téléspectateurs de Canal D sont donc au coeur de leur vie adulte, ce qui signifie que, généralement, ils ont une vie professionnelle et familiale bien remplie. Lorsqu'ils regardent Canal D, ils ont envie d'apprendre, mais sans que ce soit trop aride. «Il faut donc arriver à raconter des histoires de la meilleure façon possible. Pour y arriver, nous utilisons beaucoup l'évocation dramatique. Ça dynamise le genre», indique M. Laurendeau.

Les reconstitutions de poursuites policières, de cascades, d'accidents d'avion et de meurtres sont donc fréquentes à Canal D. Du pur sensationnalisme?

«Je crois que le mot est un peu fort! Je dirais plutôt que les évocations dramatiques peuvent être spectaculaires. Toutefois, elles sont très importantes puisqu'elles permettent de mettre en images ce qui est raconté. L'idée, c'est d'accrocher le téléspectateur afin qu'il ait vraiment envie de regarder l'émission jusqu'à la fin pour comprendre ce qui s'est passé», explique Jean-Pierre Laurendeau. D'ailleurs, qui ne s'est jamais fait prendre au jeu?

Un tueur si proche et Mayday sont de bons exemples des séries documentaires qui utilisent l'évocation dramatique à Canal D. «Un tueur si proche est une série de grande qualité et très populaire que nous diffusons depuis sept ou huit ans. Même chose pour Mayday, qui, grâce à son budget impressionnant, décortique des accidents d'avion qui se sont produits aux quatre coins du monde. Cette série québécoise est d'ailleurs vendue dans une cinquantaine de pays à travers le monde», indique M. Laurendeau.

L'exploit du dimanche soir

La programmation de Canal D comprend toujours une bonne dose de séries documentaires de tout genre, mais cela n'empêche pas la chaîne de donner une place importante aux films d'auteur plus pointus. D'ailleurs, depuis quelques années, Canal D diffuse des films d'auteur le dimanche soir, à Docu D.

Décision casse-cou, alors que le dimanche soir est la soirée de télévision par excellence au Québec et que les grands réseaux généralistes mettent en ondes des bombes comme Tout le monde en parle, Le Banquier et Occupation double? Canal D aurait bien pu baisser les bras et mettre en ondes des émissions en rediffusion.

«Mais nous avons décidé d'offrir quelque chose de différent pour les gens qui n'ont pas envie d'écouter ces grosses émissions. Nous proposons donc des longs métrages documentaires de qualité, réalisés ici ou ailleurs. Nous avons vraiment trouvé une niche», explique M. Laurendeau.

C'est dans cette plage horaire qu'on a pu voir dernièrement Les Enfants du palmarès, le film qui traite du processus de sélection des élèves dans les collèges privés, réalisé par Marie-Josée Cardinal, ou encore Le Funambule, qui a gagné cette année l'Oscar du meilleur documentaire. Certains de ces films durent beaucoup plus longtemps que ce que les réseaux de télévision ont l'habitude de diffuser, mais Canal D essaie toujours de présenter les oeuvres dans leur intégralité.

«Nous offrons des films de qualité et les résultats sont là. Canal D a vu son nombre de téléspectateurs bondir de près de 57 % le dimanche soir, dans la dernière année», se réjouit le vice-président programmation.

L'évolution continue

Ainsi, depuis 15 ans, Canal D s'efforce de démocratiser le documentaire en proposant des styles variés, de façon à rejoindre des téléspectateurs ayant différents profils. «Nous essayons toujours de diversifier nos genres d'émission, de trouver des sujets intéressants et de les aborder de façon novatrice», affirme Jean-Pierre Laurendeau.

Mais il reste encore du travail à faire pour démocratiser le documentaire. Pour se renouveler encore davantage et aller chercher encore plus d'adeptes,

Canal D compte beaucoup sur le Web. De plus en plus, des extraits et même des oeuvres complètes sont mis en ligne dans le site Web de Canal D.

«Je crois que la Webtélé a un grand rôle à jouer dans la démocratisation du documentaire. Nous sommes rendus là et le public en a le goût», remarque M. Laurendeau.

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Collaboratrice du Devoir