La crise s'aggrave au Conseil de presse du Québec

Raymond Corriveau lors de sa nomination comme président du Conseil de presse du Québec, en 2004.
Photo: Raymond Corriveau lors de sa nomination comme président du Conseil de presse du Québec, en 2004.

Le Conseil de presse du Québec connaît une nouvelle crise grave, alors qu'en fin de la journée, hier, le président de l'organisme, Raymond Corriveau, a remis sa démission, tout comme le vice-président Denis Plamondon.

Le Conseil de presse tenait un conseil d'administration spécial qui a duré toute la journée et qui avait pour but de vérifier le consensus chez les membres du conseil.

En début de soirée, Raymond Corriveau avait conclu que «le consensus n'est pas assez fort entre les parties, et le lien de confiance entre les entreprises de presse et le président est brisé», a-t-il indiqué au Devoir.

M. Corriveau, qui présidait l'organisme depuis cinq ans, a donc préféré remettre sa démission.

Le Conseil de presse est un organisme tripartite formé de représentants des journalistes, des entreprises de presse et du public. «Les représentants du public ont songé à tous démissionner en bloc, ajoute Raymond Corriveau, mais ils ont décidé de continuer.» Raymond Corriveau et Denis Plamondon étaient des représentants du public.

Le rôle et le mandat du Conseil de presse font l'objet de discussions depuis un an, et une première crise est survenue fin décembre, alors que plusieurs diffuseurs privés, dont TVA, TQS, Astral et Corus, décidaient de se retirer de l'organisme. La raison officielle: ils préféraient maintenant se soumettre au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR), organisme pancanadien géré par l'industrie elle-même, et qui reçoit des plaintes du public sur les émissions.

Mais c'est le rôle entier du conseil qui est remis en question. «Le mandat du conseil semble être au coeur du problème, explique Raymond Corriveau. Les entreprises de presse ont questionné [sic] le mandat tout au long de l'année.»

Certains intervenants voudraient que le conseil se borne à intervenir sur les plaintes qu'il reçoit, alors que d'autres, dont Raymond Corriveau, veulent qu'il puisse intervenir plus largement sur la place publique, sur les questions d'éthique et d'information, comme il le faisait plus souvent ces dernières années. M. Corriveau avait d'ailleurs piloté l'année dernière une grande tournée régionale du Conseil de presse, la première en 35 ans d'existence de l'organisme, pour évaluer l'état de l'information au Québec sous différents aspects. Mais, déplorait-il hier, «aucun suivi de cette tournée n'a pu être effectué».

Les membres du conseil avaient également été saisis de plusieurs observations concernant son fonctionnement, par exemple une amélioration souhaitée du traitement des plaintes reçues par l'organisme.

Le Conseil de presse est un organisme qui dispose d'un budget annuel d'à peine 450 000 $, et le retrait des diffuseurs privés l'hiver dernier avait représenté un coup dur dans ses finances.

En principe, l'organisme poursuit son travail la semaine prochaine malgré la démission de son président, mais il est évident que la crise ne sera pas réglée. M. Corriveau, qui est professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières, estime que «si on veut vraiment redéfinir le mandat et lui donner de solides assises, [...] le gouvernement devra s'en mêler». Certains observateurs font valoir qu'une loi sur le Conseil de presse pourrait éventuellement être adoptée pour garantir son fonctionnement et son financement.
 
3 commentaires
  • Michel Samson - Inscrit 30 mai 2009 12 h 14

    Un bien triste acheminement...

    ...pour une organisme qui a fait la preuve de son incontournable utilité malgré les pièges structuraux qu'on lui avait constitué par sa composition et les sources de son financement.

    Il est temps que cet organisme trouve un financement permanent, issu d'un budget gouvernemental assuré et à la hauteur du mandat qui lui est dévolu, dans le même esprit que l'on finance une fonction de Vérificateur Général ou d'Ombudsman.

    Le Conseil de presse n'a pas à céder aux ridicules désidératas du secteur privé des médias pour être en mesure de justifier son financement, pas plus qu'au plan de la pratique journalistique il devrait avoir une attitude lénifiante à l'égard du privé parce qu'il s'agit du «privé».

    Mais comme nous n'avons rien à attendre de positif du gouvernement libéral actuel à l'égard de la pratique journalistique et de sa gouverne, je ne m'attends pas à ce qu'une solution soit proposée dans cet esprit.

    Chose certaine, comme société moderne et évoluée, nous ne pouvons pas nous passer d'un Conseil de presse fort, crédible, pondéré et efficace. Et j'admets n'avoir aucune confiance dans la capacité du secteur privé de s'auto-réguler sous ce rapport. Donc...

  • Guillaume Sirois - Inscrit 30 mai 2009 12 h 22

    Le gouvernement doit intervenir

    Les entreprises de presse ont saboté le conseil de presse.

    C'est une démonstration claire de leur mauvaise foi envers un journalisme socialement responsable. Les médias doivent rendre des comptes à la population qu'elle sert. Sans un conseil de presse durablement efficace, le gouvernement doit faire adopter une loi pour qu'un organisme veille au respect d'une déontologie journalistique.

    Toute la profession du journalisme et la confiance du public envers les médias sont remises en question par le sabotage du conseil de presse du Québec par TVA, TQS, Corus et Astral, etc. Le gouvernement doit intervenir pour éviter qu'un bris de confiance entre les médias et ses publics.

    Il en va de la viabilité de la démocratie.

  • Chryst - Inscrit 8 juin 2009 12 h 01

    Les dessous de la crise

    Pourquoi plusieurs entreprises des médias préfèrent-elles être régies par un organisme reconnu ? Pourquoi ne veut-on pas que le rôle du Conseil soit élargi ?