Revue de presse - Une question de leadership

Le chef libéral Michael Ignatieff a gagné son premier pari à la veille du congrès de son parti à Vancouver, conviennent de nombreux quotidiens du Canada anglais. Les libéraux s'y présentent unis pour la première fois depuis longtemps. Le parti a repris du poil de la bête depuis qu'Ignatieff a pris la tête de sa formation et le crédit lui en revient. «Mais il doit aussi savoir que, plus les choses vont bien, plus la partie devient difficile», avertit le Vancouver Sun. Le quotidien estime qu'Ignatieff doit expliquer, non seulement aux libéraux, mais aux Canadiens, pourquoi il devrait être premier ministre et ce qu'il a à leur offrir. En matière d'économie, il ne suffit pas d'attaquer les conservateurs. «Nous n'accepterons pas de croire qu'Ignatieff et les libéraux, par vertu de l'histoire de leur parti, sont intrinsèquement mieux placés pour gouverner.» Le Sun veut que le chef libéral dise, entre autres choses, en quoi sa réponse à la crise économique serait différente de celle des conservateurs. «Il doit maintenant nous persuader que son ambition d'être premier ministre est bonne pour le pays.»

Cette injonction à plus de clarté lors du congrès est reprise par le Toronto Star. Le Star relève certains engagements pris depuis janvier, mais note l'absence de détails. Dans un discours à Toronto, récemment, il a énoncé les cinq grands principes qui vont guider son action, «mais ceux-ci ne sont rien de plus que des en-têtes de chapitres, écrit le Star. Le premier ministre Stephen Harper pourrait faire la même liste». Sans dévoiler tout son programme, Ignatieff se doit de préciser son image et son orientation avant que les conservateurs ne le fassent pour lui, ce qui ne saurait tarder, conclut le quotidien.

Le Globe and Mail va dans le même sens. Il ne doute pas de la passion d'Ignatieff pour le pays, mais le quotidien estime que le temps est venu d'expliquer comment il traduit sa passion en une vision de la gouverne du pays. «Il y a un risque à continuer de nager dans l'abstraction, sans explication précise de ce qu'il veut accomplir. [...] Plus les énoncés de M. Ignatieff demeurent vagues, plus les Canadiens risquent de se demander s'il comprend vraiment leurs préoccupations quotidiennes et sait quoi faire pour y répondre.»

Intérêts électoraux

John Ivison, du National Post, constate que le conte de fées que vivent actuellement les libéraux en pousse plusieurs à vouloir des élections à l'automne. Ce n'est pas par grandeur d'âme, dit Ivison, ni parce qu'ils croient que les conservateurs ont fait un si mauvais boulot en matière d'économie, mais bien parce qu'ils croient que cela servirait leurs intérêts. Les libéraux, affirme Ivison, sont incapables de dire ce qu'ils auraient fait de fondamentalement différent de Stephen Harper. Ils ont d'ailleurs appuyé son budget. Les quelques mesures qu'ils ont suggérées en matière d'assurance-emploi pourraient se retrouver dans un énoncé économique automnal, en partie pour apaiser les néodémocrates, qui cherchent une excuse pour ne pas aller en campagne électorale, dit Ivison. Selon lui, les raisons pour lesquelles Ignatieff veut devenir premier ministre ne sont pas claires et, «sans politiques substantiellement différentes de celles des conservateurs, M. Ignatieff ne peut qu'espérer un changement d'état d'esprit au pays. [...] Les libéraux ont maintenant besoin que les Canadiens soient en colère et blâment M. Harper et les conservateurs pour [leur réponse à la crise].» On n'en est toutefois pas là, dit Ivison. «Et on peut soupçonner que, faute de politiques empreintes d'imagination ou d'une colère fortement répandue, les sondages vont cesser de bouger d'ici l'automne.»

Certains libéraux peuvent rêver, mais le scénario d'élections automnales n'est pas chose faite. Le NPD et le Bloc québécois laissent maintenant la porte ouverte à une collaboration avec le gouvernement conservateur, advenant que ce dernier accepte leurs diverses demandes économiques. Andrew Steele, du Globe and Mail, relève l'ironie de la situation. Les conservateurs pourraient se retrouver à former une alliance informelle avec les mêmes partis qu'il dénonçait avec virulence l'automne dernier après la formation de la coalition libérale-néodémocrate appuyée par le Bloc. «Le fait est que la vigueur retrouvée des libéraux a créé une nouvelle coalition majoritaire aux Communes, la coalition conservatrice-séparatiste-socialiste qui conspirera, fort probablement en secret, pour se maintenir en place une autre année», s'amuse Steele.

Parlant des conservateurs, une chronique de Ian MacDonald, de la Gazette, a attiré l'attention. Ancien collaborateur de Brian Mulroney, MacDonald soutient que Harper est en sérieuse difficulté au pays, au Québec, avec la fonction publique et, de plus en plus, au sein de son propre parti, où son personnel a provoqué des tensions avec son style de gestion «mesquin». Le véritable problème, dit MacDonald, est que Harper n'a ni confident ni mentor et ne compte personne dans son entourage «qui lui dise ce qu'il a besoin d'entendre plutôt que ce qu'il veut entendre». MacDonald pense qu'un vrai ménage s'impose dans cet entourage, et vite si Harper veut redonner un sens à ses politiques et stopper la glissade de son gouvernement dans l'opinion publique.

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mcornellier@ledevoir.com

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