Télévision - Les rejetons de Laura Cadieux

Lorsque Michel Tremblay a publié C't'à ton tour, Laura Cadieux, il n'imaginait probablement pas le destin que ses personnages allaient connaître. J'ai dans ma bibliothèque la première édition du texte, en 1973, aux Éditions du Jour: un long monologue en joual sur 136 pages, qui commence par une scène célèbre, avec Laura qui sacre sans arrêt parce qu'elle a peur de prendre l'immense tapis roulant de la station de métro Beaudry à Montréal, avec les deux «grands slaques» qui se moquent d'elle, «le petit» qui lui demande pourquoi les gens lui crient des noms et elle qui lui répond en hurlant: «Parce que chus grosse, tabarnac, parce que chus grosse!»

Le texte était dur, assez triste. Trente ans plus tard, les personnages du livre ont échappé à Tremblay. Denise Filiatrault a d'abord réalisé, en 1998, une première adaptation de la pièce au cinéma (avec Ginette Reno dans le rôle-titre), où déjà les scènes étaient plus tendres. Puis elle réalisait une suite. Et maintenant, elle signe une série, qu'elle a elle-même écrite. Les personnages vivent maintenant par eux-mêmes. En tout cas, ils ont échappé à Tremblay, qui a donné à Filiatrault la permission d'en faire ce qu'elle voulait.

Denise Filiatrault a même ajouté deux nouveaux personnages: la belle-mère

de Laura ainsi qu'une autre femme, Vovonne. Le résultat prend maintenant la forme d'une mini-série de sept heures, où chacun des épisodes raconte l'histoire d'un des personnages. Des portraits de personnalités chaleureuses où l'équilibre entre l'humour et l'émotion est nettement mieux réussi que dans les deux précédents longs métrages, comme si Mme Filiatrault s'était enfin donné la permission de faire ce qu'elle voulait vraiment.

Dans le rôle-titre, Lise Dion cette fois-ci, pour la première fois dans un rôle de fiction, s'en tire honorablement, avec un style de jeu qui passe beaucoup par les regards et les gestes plutôt que par de longues tirades. Autour d'elle, une Pierrette Robitaille souvent hilarante, une Sonia Vachon qui joue de sa sensualité, Danièle Lorain, Mireille Thibault, Véronique Le Flaguais, petite tribu de femmes qui se rencontrent chez le médecin pour s'observer, se comparer, potiner, et qui vivent de nombreuses péripéties quotidiennes.

Cette série est la deuxième grande production québécoise de l'année sur la chaîne spécialisée Séries+, une chaîne qui jusque-là ne présentait pas de séries québécoises mais qui avait promis d'en faire lors de l'attribution de sa licence par le CRTC. Séries+ avait lancé cet hiver Hommes en quarantaine, série intéressante qui a remporté un bon succès critique.

Le Petit Monde de Laura Cadieux est d'abord un projet de TVA, qui s'est associé à Séries+ pour compléter le financement, un signe des nouvelles difficultés qu'éprouvent les réseaux de télévision pour financer seuls un projet. Mais chez TVA on fait remarquer qu'on travaille déjà depuis quelques années à des diffusions conjointes avec Canal D et MusiMax, et ce type de collaboration pourrait être appelé à se développer. Il est à noter que Le Petit Monde de Laura Cadieux sera présentée à TVA pendant la saison 2003-04; c'est la première fois que TVA passe en deuxième pour une série de fiction qu'il finance.

Le budget est correct sans être extravagant (à 550 000 $ l'épisode d'une heure, Le Petit Monde de Laura Cadieux est considérée comme une série «mi-lourde»). La série est produite par Denyse Robert, une productrice expérimentée qui s'apprête à lancer en mai le nouveau film de Denys Arcand, Les Invasions barbares, ainsi que par Sophie Lorain qui, décidément, semble prendre de plus en plus goût à la production d'émissions, après son travail de productrice sur Fortier.

Le Petit Monde de Laura Cadieux

Séries+

Samedi 5 avril à 21h, en reprise le dimanche à 22h et le mercredi à 19h.