Télévision à la une - Choc des valeurs

Deux homosexuels qui se marient, ce n'est pas normal. Encore moins s'ils adoptent un enfant. Un enfant, ça ne peut pas être élevé sans une mère à ses côtés. Les gros sont des gens qui ne font pas attention à eux. S'ils sont gros, c'est parce qu'ils sont incapables de se discipliner et qu'ils mangent tout le temps.

Voilà deux exemples de préjugés bien ancrés dans la société. Et ce sont exactement les préjugés que veut explorer avec franchise une nouvelle série de TV5, Montre-moi, produite par Productions Virage. Pour mener l'expérience, un participant qui assume ses préjugés est invité à séjourner pendant trois jours chez un groupe cible.

Le concept ressemble pas mal à la fameuse série 30 Days de Morgan Spurlock, ce provocant réalisateur américain qui a réalisé Super Size Me, un documentaire pour lequel il s'est nourri exclusivement chez McDonald's pendant un mois afin d'étudier l'effet sur lui de la malbouffe. Dans 30 Days, des participants se plongeaient dans une réalité radicalement différente de la leur pour confronter leurs valeurs.

La série québécoise, pour sa part, ne consacre que trois jours à chaque sujet. Et, contrairement à 30 Days, le réalisateur ne se met pas en scène lui-même. En fait, on laisse parler les participants et c'est au téléspectateur de se faire sa propre idée.

La première émission est vraiment basée sur le choc des valeurs. D'un côté, il y a Rénald, de l'Outaouais, qui arbore un crucifix à son cou et qui avoue d'emblée que la question du mariage gai l'a «toujours interpellé, choqué, bouleversé». De l'autre, il y a Antonio et Gary, sympathique couple homosexuel du Plateau Mont-Royal qui a adopté un petit bambin, Raphaël. Rénald se pointe donc chez eux un beau matin, et pendant trois jours le choc sera rude.

En effet, tout en demeurant poli et respectueux, chacun restera campé sur ses positions. Rénald considère que l'homosexualité est un «désordre». Il se dit prêt à accepter que des homosexuels vivent ensemble «s'ils n'ont pas de relations sexuelles», mais de là à adopter un enfant, ça ne passe pas. Tout au plus reconnaît-il que les deux hommes semblent être «de bons pères». Mais il manque une mère, continue-t-il de soutenir.

La deuxième émission, la semaine prochaine, me semble relever plus du préjugé que du profond choc des valeurs. Bernard est un dentiste retraité qui trouve que les personnes obèses se laissent trop aller. Il est jumelé à une Montréalaise de 28 ans, Katia, une femme chaleureuse qui est grosse et qui a décidé de bien vivre avec son corps (elle a même dansé dans une production du chorégraphe Dave St-Pierre).

Katia et Bernard discutent de tous les préjugés possibles. «Quand tu vois une grosse sur la rue, demande Katia, tu penses quoi?» «Elle s'en va sûrement au restaurant», répond Bernard. «Elle s'en va peut-être au gym, réplique Katia.

On peut être gros et bien s'alimenter, et faire de l'exercice.» À la fin de l'émission, on sent que l'opinion de Bernard a passablement évolué.

Pendant 12 semaines, cette série explorera ainsi tous les préjugés possibles auprès de différents groupes. Après les gais et les gros, il y aura les musulmans, les juifs ultra-orthodoxes, les Amérindiens, les Noirs, les vieux, les sans-abri... et même les cols bleus.

Après chaque émission, les téléspectateurs seront invités à faire part de leurs réactions sur un blogue mis en place par TV5.

Montre-moi - TV5, début mercredi 15 avril à 19h.

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