Le Conseil de presse distribue ses griefs

Les arroseurs sont arrosés. Un peu. Le Conseil de presse du Québec (CPQ) retient une plainte contre le journal La Presse pour une «atteinte à la dignité» de l'auteur Robin Philpot. Le tribunal d'honneur reproche aussi à The Gazette d'avoir fait preuve de sensationnalisme en publiant en primeur des sections du rapport de la commission Bouchard-Taylor sans indiquer clairement que «ces articles reposaient uniquement sur un extrait».

Ces décisions étaient rendues publiques hier par le CPQ, gardien de l'éthique professionnelle journalistique. Les deux cas pourraient faire l'objet d'un appel d'ici la fin du mois. Il n'y a aucun dédommagement financier lié aux décisions.

Les reproches adressés à La Presse et à son journaliste André Noël concernent un court article intitulé «Philpot au coeur d'une nouvelle polémique», publié le 28 mars 2008. Le texte de cinq paragraphes traitait de l'organisation d'une conférence qualifiée par ses détracteurs de «négationniste» du génocide au Rwanda.

Le journaliste rapportait de graves accusations prononcées en conférence de presse contre M. Philpot, par exemple d'être un «adepte de l'idéologie génocidaire». L'essayiste-pamphlétaire a publié Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali en 2003.

Dans l'article, la réplique de l'accusé tenait en quatre lignes. Le Conseil juge qu'il s'agit d'un traitement mal équilibré. De même, le CPQ trouve que La Presse a porté atteinte à la dignité de Robin Philpot. Par contre, le grief d'acharnement n'est pas retenu.

L'autre plainte provenait de Jean Dorion, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, et de Gilles Rhéaume, représentant de la Ligue québécoise contre la francophobie canadienne. Ils reprochaient à The Gazette et à son journaliste Jeff Heinrich d'avoir publié en mai 2008, quelques jours avant son dévoilement officiel, des conclusions du rapport de la Commission sur les accommodements raisonnables.

Le Conseil rejette le grief d'avoir «outrepassé l'intérêt public» en faisant «déraper par avance un débat au profit de l'intérêt commercial d'un média». Le scoop est jugé digne d'avoir été publié. De même, le CPQ rejette le reproche d'avoir fait preuve de sensationnalisme en mettant l'accent sur des recommandations du rapport concernant le manque d'ouverture des Canadiens français, lesquels devraient, selon la présentation, apprendre davantage l'anglais ou être plus tolérants vis-à-vis des musulmans. «En vertu de l'éthique journalistique, les mis-en-cause pouvaient sélectionner librement l'angle de traitement ainsi que les informations qu'ils estimaient d'intérêt public et en faire leur manchette ainsi que le contenu de leurs articles», dit la synthèse du Conseil.

Ces conclusions se retrouvent bel et bien dans la version finale, mais avec bien d'autres. Le Conseil retient donc le reproche de sensationnalisme par rapport à cet élément. Le tribunal juge que The Gazette n'a pas suffisamment indiqué ne détenir qu'une partie du rapport et extrapoler les conclusions sur cette base incomplète.

«En l'absence de ces mentions claires et évidentes, l'interprétation du contenu du rapport, telle que présentée dans l'article et la manchette du quotidien The Gazette, induit le public en erreur quant à la valeur et la portée réelles de l'information transmise aux lecteurs», dit cette fois la décision. L'accusation d'intention malicieuse, formulée par M. Rhéaume, a par contre été rejetée.

Finalement, le CDP rejette les plaintes déposées par Mehrnoushe Solouki contre la journaliste Laura-Julie Perreault et le quotidien La Presse au sujet d'un article du 22 janvier 2008. La plaignante affirmait que ses propos avaient été déformés et avaient porté atteinte à sa réputation. Tous les griefs sont rejetés.

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