À voir à la télévision le mard 24 mars - Dérive adolescente

Avant de tourner Rebelles, un film ayant pour sujet les émois de l'adolescence au féminin, Léa Pool avait renoué avec les siens: sorti en 1998, Emporte-moi, qui emprunte son titre à une très belle chanson de Marie Laforêt, leitmotiv dans le film qui en communique tout l'abandon, est une oeuvre résolument autobiographique, au carrefour de plusieurs des thèmes rencontrés jusque-là chez la cinéaste d'origine suisse.

D'abord, on y retrouve cette idée de l'errance et du déracinement, sentiment qu'éprouve sa jeune héroïne, jouée par la très convaincante Karine Vanasse, sorte d'héroïne sans auteur, en quête de ses repères dans le Montréal des années 60, et qui dérive entre une mère abrutie par l'usine (Pascale Bussières, émouvante) et un père juif errant (Miki Manojlovic). Par ailleurs, le film, sans doute le plus beau de Léa Pool depuis La Femme de l'hôtel, se concentre sur le rapport de fascination et de séduction qui s'établit entre la jeune héroïne et une enseignante de son école, jouée par l'écrivaine Nancy Huston, que Léa Pool a choisie en raison de sa ressemblance avec Anna Karina, l'imaginaire de la jeune fille ayant basculé à la suite du choc que constitue le film Vivre sa vie de Jean-Luc Godard pour elle.

Rencontre du cinéma, donc, Emporte-moi dresse aussi le portrait imaginaire, quoique solidement documenté, d'une ville que la cinéaste n'a pas connue à cette époque, superposée à une radiographie de sentiments contraires et turbulents, qui servent encore, et pour toujours,

de matière première à l'oeuvre de cette cinéaste qui ne ressemble à personne.

Cinéma / Emporte-moi - Artv, 21h

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