«La Terre» à l'heure des nouvelles technologies

Loïc Hamon, le directeur de La Terre de chez nous
Photo: Loïc Hamon, le directeur de La Terre de chez nous
D'abord insérée pendant deux ans dans les pages du Devoir, La Terre de chez nous publiait son premier vrai numéro indépendant le 6 mars 1927. Le journal, hebdomadaire, a toujours appartenu à l'Union des producteurs agricoles (UPA), mais depuis 1985 il s'est doté d'une politique d'indépendance journalistique par rapport à l'UPA. Organisme sans but lucratif, il fait des profits qui sont remis à l'UPA pour différentes activités.

Dans les milliers de fermes éparpillées sur le territoire du Québec, la lecture de La Terre de chez nous a toujours été une véritable religion.

Et en 2009, le citadin qui aurait l'impression qu'une telle publication est passéiste n'a visiblement pas pris la peine de la feuilleter. On y trouve de nombreuses informations sur des enjeux politiques et environnementaux de première actualité et des reportages à l'étranger, dont, dans le numéro de cette semaine, la couverture d'un congrès sur l'agriculture organisé à Washington avec le nouveau secrétaire à l'Agriculture de Barack Obama ainsi qu'un reportage sur l'étalement urbain en Égypte, qui menace les terres fertiles.

Le journal compte actuellement quelque 33 000 abonnés et 80 000 lecteurs. Les membres de l'UPA ne le reçoivent pas automatiquement: ils doivent d'abord décider de s'abonner.

Selon un sondage qui avait été mené en 2005 auprès des abonnés, les trois quarts des lecteurs de ce journal sont propriétaires de leur entreprise, et les moins de 35 ans représentent environ 12 % du lectorat, ce qui correspondait à l'époque à leur proportion dans la production agricole.

Une quarantaine d'employés travaillent pour la publication, dont dix journalistes et une douzaine de pigistes. «Notre défi, explique le directeur de la publication, Loïc Hamon, c'est de faire face à la baisse du nombre de fermes.»

L'avenir

L'avenir de La Terre de chez nous est évidemment lié au développement d'une véritable relève agricole. De plus, remarque Loïc Hamon, «les jeunes producteurs lisent moins. Selon des sondages internes, alors que le taux de lecture d'un exemplaire de La Terre de chez nous était habituellement de 96 minutes par numéro, les moins de 35 ans le lisent 20 minutes de moins».

En 1948, La Terre de chez nous publiait un amusant reportage intitulé «L'agriculteur de l'an 2000». L'auteur ne pouvait évidemment pas imaginer l'arrivée d'Internet dans les fermes. On pouvait toutefois y lire que, «vu la rareté du bois, les dépendances de la ferme, toutes réunies sous un même toit, seront en l'an 2000 construites en métal».

Cet auteur, Armand Létourneau, imaginait également un monde où «un nombre croissant de citadins fuiront, dès 5 heures de l'après-midi, les villes devenues inhabitables» alors que «de grandes roulottes automobiles, sortes d'épiceries ambulantes, iront au devant de la ménagère». L'article prédisait aussi que «la consommation de légumes va toujours aller en augmentant» alors que le cheddar tombera en désuétude et que «la vogue ira à un fromage mollet, mi-crémeux, très digestible»!

En 2009, le véritable défi de La Terre de chez nous ne consiste pas à imaginer le fromage de l'avenir. Il consiste plutôt à définir une nouvelle stratégie Internet.

Le site Internet actuel date de 2002. Il reçoit 45 000 visiteurs différents par mois et offre des informations diverses ainsi que des services très variés (dont l'achat de produits du terroir en ligne).

La publication envoie déjà une lettre d'information électronique hebdomadaire à ses abonnés, mais dans les prochaines semaines elle lancera une lettre d'information quotidienne, adaptée aux cellulaires et aux BlackBerry.

Il ne s'agit que d'un des aspects de la stratégie pour 2009. On prépare également une édition numérique complète du journal sur le Web et, avec la refonte du site, on veut créer un nouveau portail pour la communauté agricole, avec blogues et forums de discussion.

Mais pas question d'abandonner le papier dans un proche avenir. D'autant plus, explique Loïc Hamon, que le taux de pénétration d'Internet en milieu rural au Québec est plus faible que dans les villes, et que plusieurs communautés sont encore dépourvues d'Internet haute vitesse, au grand dam des intervenants locaux.