À voir à la télévision le vendredi 6 mars - Gabrielle ou le temps d'un retour

Gabrielle, de Patrice Chéreau (L'Homme blessé, La Reine Margot), demeurera certainement l'un des beaux morceaux de l'impressionnante — et exigeante — filmographie d'Isabelle Huppert.

Cette oeuvre austère mais chargée est l'une des rares permettant à l'actrice de conjuguer la froideur légendaire qui la caractérise un peu trop à une passion tangible, visible, celle d'une femme quittant luxe et mari et ne laissant dans son sillage qu'une lettre d'adieu. Missive que lira l'époux déconfit. Mais sur ces entrefaites, madame revient.

Dans sa première partie, Gabrielle donne à l'actrice l'occasion d'incarner une fois de plus ce personnage distant que les cinéphiles aiment tant. Violette Nozière et La Pianiste ne sont pas très loin (pour ne nommer que ces deux-là). Puis arrive le personnage du mari qui exige une explication. Or c'est dans le récit de cette liaison adultère que Gabrielle (et son interprète) apparaît comme un être vibrant et passionné. Oui, elle est vivante, n'ai-je pu m'empêcher de penser, moi qui voue quand même à l'actrice une grande admiration, entendons-nous. Elle est ici épaulée d'admirable façon par Pascal Greggory, acteur fétiche de Chéreau. En monstre d'orgueil cocufié, le trop rare comédien est excellent.

D'emblée, Gabrielle rebutera peut-être certains téléspectateurs, frileux devant la rigueur méthodique privilégiée par le cinéaste et sa coscénariste pour explorer cette dérive conjugale. Je ne saurais trop insister auprès de ceux-là afin qu'ils s'accrochent. La suite, bien que demeurant d'une précision chirurgicale, s'éveille aux sentiments profonds des protagonistes et c'est là, du moins ce fut le cas pour moi, que l'approche de Chéreau prend tout son sens. En gardant initialement le spectateur à distance — la scène d'ouverture est en ce sens très évocatrice — puis en lui permettant de se rapprocher lentement de ces deux êtres déses-pérés, le cinéaste lui fait vivre le même cheminement que ceux-ci. Autrement dit, on les découvre en même temps qu'ils se découvrent eux-mêmes. Et ce qu'ils trouvent n'est pas joli, mais ça, c'est une autre histoire.

Cinéma / Gabrielle - Télé-Québec, 23h30

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