Télévision à la une - Voyage dans le Québec catholique

C'était l'époque glorieuse et triomphante. Les zouaves pontificaux défilaient dans les rues, la journée scolaire était rythmée par les prières, et les évêques étaient aussi puissants, sinon plus, que les politiciens. Le Québec est un cas unique. Alors qu'elle était la société où l'Église catholique était la plus puissante du monde, elle est devenue, en quelques années, l'endroit dans le monde où cette même Église s'est écroulée le plus rapidement.

Cette série documentaire en quatre épisodes explore l'histoire de ce passé catholique. Mais cette exploration n'est pas conventionnelle: les réalisateurs Carl Leblanc et Luc Cyr livrent plutôt une oeuvre très personnelle, dans laquelle les souvenirs d'enfance s'entremêlent aux documents d'archives et aux entrevues.

Le duo Leblanc-Cyr est bien connu pour ses oeuvres documentaires diffusées par Télé-Québec, la série 24 heures pour l'histoire, par exemple, qui racontait des moments importants de l'histoire québécoise, ou

La Boîte noire, fascinante série qui décrivait des moments marquants de la télévision.Carl Leblanc a également réalisé L'Otage, ce long métrage sur James Richard Cross qui a fait sensation, Leblanc ayant été le premier à retrouver Cross et à le faire parler en profondeur de la Crise d'octobre de 1970. Ces passionnés d'histoire s'attaquent donc maintenant à un sujet complexe, celui du rôle joué par l'Église au Canada français et au Québec.

Le premier épisode adopte un point de vue résolument personnel. Pour montrer l'importance de l'Église dans la vie des Québécois, le coréalisateur Carl Leblanc raconte sa propre enfance et filme sa propre famille. Il a également retrouvé l'ancien curé de sa paroisse natale en Gaspésie, l'ancien évêque de Gaspé, une ancienne religieuse qui a quitté les ordres, puis Blanche, une femme qui, dans son village très catholique, fut la première divorcée, au grand scandale des villageois.

Minutieusement, Leblanc trace le portrait d'un univers dans lequel l'Église catholique était omniprésente, et ce, à partir de son expérience personnelle, qui devient emblématique de ce que bon nombre de Québécois de sa génération ont vécu. Cette exploration se poursuit dans le deuxième épisode, la semaine prochaine, où on nous donne beaucoup plus de données historiques fascinantes, dont certaines méconnues.

L'épisode s'ouvre sur des images frappantes: l'état-major catholique du Québec au complet se trouve à Rome, soit 28 évêques et deux cardinaux, dont Mgr Turcotte et Mgr Ouellet, dans les salles du Vatican.

À partir de ces images, Leblanc et Cyr remontent le temps. Ils racontent l'excommunication des Patriotes par Mgr Lartigue en 1837. Ils visitent le sous-sol de l'église de la Visitation, à Montréal, où les paroissiens se faisaient carrément enterrer sous le banc familial. Ils rencontrent une religieuse qui témoigne

du travail des Soeurs de la Providence à Saint-Jean-de-Dieu. Ils explorent l'«enfer» du Séminaire de Saint-Hyacinthe, où l'on cachait les livres mis à l'index. Et ainsi de suite.

Au-delà des anecdotes, la série Dieu et nous trace un portrait social et politique du Québec, bien sûr, puisque Leblanc et Cyr expliquent comment l'Église catholique fut au coeur de la définition identitaire du Canada français et comment le Québec contemporain a pu naître lorsque sa puissance traditionnelle s'est écroulée.

Dieu et nous début lundi 2 mars à Télé-Québec, 21h

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