Télévision à la une - Une année charnière pour l'Académie

Dimanche soir se tiendra, en direct du Kodak Theatre, la 81e édition de la remise des Oscars, événement artistique auquel l'industrie accorde encore une très grande importance. Normal: le gain d'une des précieuses statuettes se traduit souvent par des recettes accrues.

C'est une excellente vitrine publicitaire susceptible de donner un second souffle à une oeuvre, voire de la «mettre sur la carte» pour le grand public. Bien plus que l'accolade des pairs, les dirigeants des majors recherchent avant tout la faveur du public. À ce jeu, certains gagnent très gros alors que d'autres y laissent leur chemise. Rien de neuf de ce côté. Pourtant, la presse spécialisée rapporte cette année une fébrilité inaccoutumée en coulisse. Pourquoi?

Cette édition, qui aligne une sélection copieuse et ma foi fort respectable, sera l'hôte de deux joutes bien distinctes. À l'avant-plan, on assistera, comme d'habitude, à la cérémo-nie elle-même, laquelle promet toutefois une rupture avec le passé. C'est réellement à l'arrière-plan que se jouera la partie qui intéresse l'Académie du film, des arts et des sciences, les télédiffuseurs et, par la bande, Hollywood. Qu'est-ce qui taraude les principaux intéressés au point de presque en oublier l'attribution des prix? Quel est l'équivalent télévisuel du box-office? Mais la bonne vieille cote d'écoute, pardi! C'est elle qui génère les revenus publicitaires, et c'est également elle qui indique aux studios dans quelle mesure leurs films jouiront d'un regain d'intérêt en salle ou chez les marchands de DVD.

Or, depuis plusieurs années, l'audimat tend à s'effriter. L'an dernier, la Soirée des Oscars a essuyé son pire résultat en plus d'un demi-siècle de télédiffusion. Vous voyez le tableau?

Les sondages n'ont rien de rassurant. Avant même l'annonce des mises en nomination, 81 % des personnes interrogées estimaient que l'Académie est depuis longtemps déconnectée de la réalité. Si on ne s'étonne guère du commentaire, le chiffre, lui, laisse songeur. À cet égard, certains craignent que l'absence des principales catégories du très populaire film The Dark Knight ne fasse qu'aliéner davantage un auditoire de plus en plus indifférent. Un éclairant article de Variety fait remarquer que l'oeuvre la plus populaire de la catégorie «Meilleur long métrage de fiction» est The Curious Case of Benjamin Button, avec des recettes de 117 millions de dollars, soit les recettes conjuguées des films Slumdog Millionaire, The Reader, Frost/Nixon et Milk, ses concurrents. Comment attirer l'attention du public avec des films qu'il n'a pas vus ou, pis, qui ne l'intéressent carrément pas?

On peut facilement chipoter sur les choix de l'Académie dans l'une ou l'autre catégorie, reste que le mandat de récompenser la qualité artistique tient toujours, bon an, mal an. Et si c'était tout bonnement ce point qui laissait de glace la plus large part des téléspectateurs potentiels? S'ils ne vont pas voir ces films, pourquoi chercheraient-ils à savoir si ceux-ci remporteront tel ou tel prix? Vieux débat, faux débat? Certes, il y a le spectacle, les robes et les régimes auxquels se sont astreintes les actrices pour rentrer dedans. Sauf que, après le cirque du tapis rouge, préambule hypermédiatisé à la soirée des Oscars qui attire le plus l'attention, les organisateurs n'ont-ils pas raison de s'inquiéter?

Dimanche soir donc, bien avant les artistes en lice, c'est l'Académie qui retiendra son souffle. Si sa pertinence n'est aucunement remise en cause, son prestige, en revanche, l'est certainement.

La 81e soirée des Oscars - Le dimanche 29 février à ABC et CTV, 20h..