Audiences du CRTC - Les créateurs québécois veulent que les nouveaux médias soient réglementés

Gatineau — Emboîtant le pas à leurs collègues de l'«autre solitude», des regroupements de créateurs et d'artistes du Québec ont demandé hier aux autorités fédérales de mettre fin à la liberté totale dont bénéficient les nouveaux médias et de leur imposer des règles de contenu canadien semblables à celles auxquelles sont soumises la radio et la télévision.

À la deuxième journée d'audience sur les nouveaux médias à Gatineau, les associations de créateurs ont donc répété devant le CRTC la position défendue la semaine précédente en conférence de presse à Montréal.

Les nouvelles plateformes telles qu'Internet et la téléphonie cellulaire bénéficient depuis dix ans d'un régime d'exception. À l'époque, le CRTC avait en effet jugé qu'il fallait laisser la technologie évoluer avant de tenter de lui imposer des règles de contenu.

D'après le président de l'Union des artistes, Raymond Legault, il serait aujourd'hui périlleux de reconduire cette exemption. M. Legault craint en effet que trop de souplesse de la part du CRTC donne des arguments à ceux qui souhaitent une déréglementation complète du secteur de la radiodiffusion.

Cela mettrait en péril tout «l'écosystème culturel» québécois, qui a prospéré en partie grâce aux quotas de chansons ou d'émissions canadiennes et francophones, a-t-il fait valoir devant le Conseil.

«Nous sommes convaincus que les règles qui ont fait notre succès doivent être adoptées pour les nouveaux médias. Ils pallieront ainsi les risques d'une "occupation" principalement étrangère de notre espace culturel», a renchéri son collègue Mario Chenard, président de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec.

«La réglementation qui est aujourd'hui en place pour la télévision et la radio ne s'est pas bâtie en un jour. Le CRTC l'a mise en place graduellement, au fil du développement de la radiodiffusion canadienne. Nous sommes d'avis que le même phénomène doit se produire pour la réglementation de la radiodiffusion par les nouveaux médias», a insisté M. Legault.

Mieux financer le contenu sur les nouveaux médias

L'UDA, la Guilde des musiciens, la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEQ) et d'autres associations de créateurs croient d'autre part que les fournisseurs de service Internet et de téléphonie sans fil devraient être tenus de financer la production de contenu destiné spécifiquement aux nouvelles plateformes.

La proposition des artistes et techniciens québécois rejoint celle des producteurs et des artisans de la télévision, qui ont témoigné mardi dans le cadre de cette audience publique sur les nouveaux médias.

Elle s'apparente aussi à celle qu'entend faire le Regroupement des producteurs multimédias, qui aimerait cependant que l'argent du futur fonds soit consacré en priorité à des projets interactifs «produits par des professionnels», pas nécessairement liés à des émissions de télévision.

L'audience fait relâche aujourd'hui; elle se poursuit toute la semaine prochaine pour ensuite reprendre à la mi-mars, alors que les grandes entreprises viendront défendre leur point de vue.

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