À voir à la télévision le mardi 10 février - Avant la noce

Situé au Québec dans le cadre particulier de la petite bourgeoisie de campagne vers la fin du XIXe siècle, Mariages s'intéresse aux tourments de l'âme et du corps d'une jeune femme qui, pour son plus grand malheur, s'est éprise du promis de sa nièce. Mais n'allez surtout pas vous attendre à un mélodrame où fusent les passions exacerbées; cette oeuvre-ci est tout le contraire: lente et contemplative.

Il y a, dans le premier long métrage de Catherine Martin (Dans les villes), de bien belles et bien bonnes choses. La mise en scène est parti-culièrement soignée. S'inspirant ostensiblement de maîtres scandinaves de l'époque dépeinte (Hamershoi, Kyhn, Munch), la cinéaste propose des compositions picturales recherchées qu'animent des plans-séquences bien conçus. Austère, la conception visuelle est néanmoins traversée, çà et là, de fugaces moments d'onirisme.

L'interprétation est quant à elle irréprochable. On sent Marie-Ève Bertrand complètement habitée par son personnage, Yvonne, la jeune fille en fleur aux mille et un accablements. Face à elle, Guylaine Tremblay exsude un rigorisme certain, en phase avec les moeurs de l'époque.

Cela étant, votre réaction au film dépendra surtout de ce que vous soyez prêt, ou non, à laisser à l'oeuvre le temps de dévoiler son potentiel de séduction. Adoptant les doutes et les tergiversations de son héroïne, Mariages risque en effet de tester la patience des spectateurs peu habitués à ces rythmes alanguis. Si, toutefois, vous y voyez un atout supplémentaire, nul doute que ce long métrage exercera sur vous une fascination certaine.

J'avoue ne pas être de ceux-là, quoique je reconnais au film de formidables qualités esthétiques.

Peut-être est-ce le fruit du contexte, de l'époque et des thèmes abordés, mais Mariages a surtout fait surgir en moi une urgence de relire Anne Hébert. Remarquez, on a vu pire effet secondaire...

Cinéma / Mariages - Artv, 21h