Médias - Sarkozy vole au secours des journaux

Peut-on imaginer au Québec que le gouvernement organise des états généraux sur l'avenir des journaux pendant trois mois et qu'il lance un plan d'aide de plusieurs millions pour aider la presse écrite en crise?

C'est pourtant ce qui vient de se passer en France. Le président Nicolas Sarkozy annonçait en effet le 23 janvier dernier tout un train de mesures, qui totalisent 200 millions d'euros sur trois ans.

Parmi ces mesures: la promesse du gouvernement de doubler les dépenses de communication de l'État dans les journaux, ce qui correspondrait à 20 millions d'euros de plus par année (actuellement, le gouvernement français consacre environ 20 % de ses dépenses de communication à la presse écrite).

Sarkozy veut aussi aider à la modernisation des imprimeries et a annoncé quelques mesures pour aider la presse sur Internet, par exemple la création d'un statut d'éditeur en ligne, qui pourra bénéficier d'exemptions fiscales accordées aux éditeurs de journaux.

La mesure la plus étonnante est que l'État s'engage à fournir gratuitement, pendant un an, à tout jeune de 18 ans, un abonnement à un journal de son choix. Une mesure paradoxale puisque les jeunes lisent beaucoup plus les nouvelles sur Internet que sur le journal imprimé, comme on le sait.

Mais ce programme, expérimental, s'appuie aussi sur des expériences récentes qui ont suscité beaucoup d'intérêt, semble-t-il, particulièrement au journal Sud-Ouest et à L'Humanité.

Encourager les investissements privés

La France possède une tradition de soutien à la presse très différente du Québec, bien sûr. Devant la crise économique qui menace les journaux français, devant les baisses du tirage et les pertes de revenus publicitaires, le gouvernement avait créé l'automne dernier quatre groupes de travail, présidés par différentes personnalités, qui ont remis à la ministre de la Culture près d'une centaine de recommandations au début de janvier. Ce que Sarkozy a annoncé il y a une dizaine de jours, c'est le choix de son gouvernement parmi toutes ces recommandations. Parmi les autres mesures adoptées, l'État veut aider les kiosques à journaux, déposer un projet de loi sur les droits d'auteur des journalistes et encourager les investissements privés dans les journaux en offrant aux donateurs une déduction fiscale.

Prudemment, le président français n'est pas intervenu sur les questions déontologiques, alors que la profession elle-même, lors de grandes assises du journalisme tenues récemment, prônait l'idée de doter la profession d'un code déontologique unifié qui serait annexé à la convention collective des journalistes.

On prendra note que, si ces mesures pour la presse ont semblé bien accueillies, à l'inverse le président Sarkozy est très critiqué pour sa réforme de l'audiovisuel, mise en place au début de l'année. Ainsi, on l'accuse d'intervenir lourdement dans les contenus des médias électroniques et dans le choix de leurs dirigeants, et aussi d'affaiblir le système télévisuel public.

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