Télévision à la une - Pas n'importe quel dimanche

Il y a quelques années est sorti un film — excellent par ailleurs — intitulé Any Given Sunday. Manière de dire que le football professionnel américain est un sport tellement intense, tellement imprévisible, fondé à ce point sur le plus infime des détails que, n'importe quel dimanche, n'importe quoi peut arriver, n'importe qui peut gagner qu'on n'attendait pas.

Mais comme le dit le site Web de l'événement, le dimanche du Super Bowl n'est pas any given Sunday, même si tout peut arriver. C'est le paroxysme, la totale, le plus gros show sportif de la planète à ne concerner qu'un seul pays, c'est la formidable machine de marketing de la NFL à l'oeuvre dans toute sa splendeur. Ces gens-là ont vraiment compris comment ça marche.

Tout peut arriver? Mettez-en. Il suffit de remonter pas plus tard que l'an dernier. Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre étaient arrivés au match ultime invaincus: 16-0 en saison régulière, du jamais vu, 2-0 en séries. Ridiculement favoris devant les Giants de New York, qui n'avaient même pas remporté le championnat de leur division, forcés d'emprunter le plus ardu des chemins, trois matchs à l'étranger. Et dans une fin de rencontre

d'anthologie, à la dernière minute, les négligés étaient allés rafler le titre, grâce notamment au plus improbable des jeux lors de la poussée finale, un troisième essai critique, le quart Eli Manning qui passe 10 fois à un cheveu de se faire emboutir loin derrière la ligne de mêlée, qui décoche enfin une passe et trouve mira-culeusement un ailier obscur du nom de David Tyree, qui capte le ballon en l'appuyant sur sa tête. Any given Sunday, indeed.

Cette année, on pourrait presque, avant le fait, faire le même genre de pronostics que pour ce Super Bowl XLII. Presque, parce que les preneurs aux livres de Vegas, qui s'y connaissent en la matière, ont pratiquement coupé de moitié la cote du favori. Mais l'affrontement paraît encore inégal. D'un côté, les Steelers de Pittsburgh, 12-4 en saison, dont les experts vous diront que l'unité défensive est peut-être la meilleure de tous les temps, peut-être meilleure encore que le vénérable et terrible Steel Curtain des années 1970, qui avait remporté quatre championnats en six ans. De l'autre, les Cardinals de l'Arizona, 9-7, qualifiés seulement parce qu'ils font partie de la plus médiocre des divisions, paillassons sur lesquels tous les clubs se sont essuyé les pieds de toute éternité, sans titre depuis 1947, quand les joueurs jouaient encore à la fois à l'attaque et à la défense, portaient des casques de cuir mou et ne dansaient pas dans la zone des buts après un touché.

Bref, sinon un massacre, à tout le moins une domination appréhendée. Sauf que les Cards commencent à connaître le tabac. Personne ne donnait une peau de chagrin de leurs chances face aux jeunes loups d'Atlanta au premier tour des séries, et pourtant. Encore moins personne ne croyait en eux en Caroline, et pourtant. Philadelphie devait les passer au tordeur,

et pourtant. Ça nous fait trois given Sundays d'affilée. Y a-t-il quelque part une maxime qui ose dire «jamais trois sans quatre»?

Quoi qu'il advienne, et s'il est possible de trouver dans le cyberespace absolument tout ce qui se rapproche de près, de loin, ou pas du tout du Super Bowl XLIII, la télévision en beurre épais. Le match, qui démarre un peu après 18h dimanche, sera présenté sur NBC, et le réseau démarre ce jour-là sa programmation football à midi. Et signe que tout n'a pas déjà été dit, ESPN a consacré, au fil de la dernière semaine, pas moins de 90 heures à se pencher sur le sujet... Pour

sa part, le Réseau des Sports présente la rencontre précédée d'un avant-match d'une demi-heure, et ceux qui veulent commencer le party plus tôt pourront se mettre sous la dent un match Canadien-Bruins dès 14h.

Par ailleurs, la NFL continue de montrer qu'elle est peut-être plus imperméable que les autres aux soubresauts de l'économie. Toutes les plages publicitaires du match ont finalement été vendues, à raison de trois millions de dollars les 30 secondes. Ça n'a pas été facile, mais les objectifs ont été atteints.

Aux milliers de milliards de téléspectateurs attendus comme à l'accoutumée, il ne reste donc qu'à souhaiter de bonnes croustilles, de bonnes pizzas, de bonnes ailes de poulet, de bons nachos, de bonnes bières et, surtout, de bons quarts de football. Si c'est presque aussi excitant qu'en 2008, on sera servis.

Le XLIIIe match du Super Bowl - NBC, CTV RDS, à 18h.

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