Les syndiqués de la Gazette rejettent les offres patronales

À la Gazette, les journalistes et les employés du service à la clientèle se sont prononcés hier à 80 % contre les dernières offres patronales.
Photo: Jacques Grenier À la Gazette, les journalistes et les employés du service à la clientèle se sont prononcés hier à 80 % contre les dernières offres patronales.

Le monde de la presse écrite montréalaise a connu, coup sur coup, au cours du week-end, deux «chocs» importants, quoique assez prévisibles. Samedi, la direction du Journal de Montréal a annoncé un lock-out et, le lendemain, deux des trois groupes d'employés syndiqués du quotidien anglophone The Gazette ont rejeté les dernières offres faites par leurs interlocuteurs patronaux.

Après avoir observé une «trêve» de trois semaines avec ses employés, dont la convention collective arrivait à échéance à la fin de 2008, la direction du Journal de Montréal a décidé samedi d'exercer son droit de lock-out et de continuer à publier ce quotidien avec son seul personnel cadre.

Les quelque 250 employés syndiqués de la rédaction, des petites annonces et de bureau du quotidien de la rue Frontenac se réunissent aujourd'hui en assemblée générale. Le syndicat prévoit la tenue d'un vote de grève. Sans cette riposte syndicale, la direction aurait toute latitude pour obliger à terme les employés à rentrer au travail sans contrat de travail négocié, a expliqué hier le président du Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal (STIJM), Raynald Leblanc.

Le conflit au Journal porte surtout sur les heures travaillées des journalistes, que la direction veut porter de 32 à 37,5, et sur la suppression ou la réorganisation de plusieurs postes dans les autres services.

Aucune des deux parties en conflit ne prévoit de date pour une reprise des négociations, qui se déroulaient en présence d'un médiateur depuis la mi-décembre. «Cela se fera par l'intermédiaire de la conciliation», a simplement dit à ce propos le président du STIJM. «Il est trop tôt pour une reprise des négociations. Il y a un fossé, notamment du côté des petites annonces et de la comptabilité», a dit de son côté Isabelle Dessureault, vice-présidente, Affaires publiques, de Quebecor Média.

Cette dernière a expliqué le geste du groupe de presse par une «impasse» constatée dans les négociations la semaine dernière, sur fond de «rumeurs» concernant un vote de grève et une possible reprise des moyens de pression exercés par les employés syndiqués.

La mise en chômage forcé n'a pas trop surpris le président du syndicat, qui donne un autre son de cloche. «C'est un choc, mais on s'y attendait parce que l'employeur n'a jamais voulu négocier depuis le 22 octobre», a affirmé Raynald Leblanc.

Dans un message à ses lecteurs, la direction du Journal de Montréal a expliqué sa position en évoquant les «bouleversements qui frappent de plein fouet les quotidiens payants», dont la concurrence venant des journaux gratuits et des sites d'information sur Internet.

«Nous reconnaissons que les journaux imprimés éprouvent des difficultés, mais celles-ci n'ont pas encore atteint le Québec, a dit hier Raynald Leblanc. L'employeur n'a jamais voulu démontrer qu'il éprouve des difficultés financières. Or c'est la condition de base pour accepter des coupures de postes.»

The Gazette

À la Gazette, les journalistes et les employés du service à la clientèle se sont prononcés hier à 80 % contre les dernières offres patronales. Les employés du service de la publicité ont au contraire approuvé les offres qui leur étaient faites. Les conventions collectives de tous ces employés étaient échues depuis juillet dernier.

Toutefois, «nous allons envoyer le message que nous sommes prêts à poursuivre les négociations, a souligné hier Irwin Block, vice-président de la Guilde des employés de journaux de Montréal et journaliste à la Gazette, qui a dit espérer «que le journal évitera une situation de conflit. Il ne serait dans l'intérêt ni des journalistes ni du journal d'en interrompre la parution».

La direction et le syndicat de la Gazette s'opposent surtout sur des questions de juridiction, le groupe Canwest Global, propriétaire du journal, souhaitant confier en sous-traitance la rédaction de textes et des tâches de mise en page.

Un lock-out serait imminent selon des informations qui circulent, mais l'éditeur du quotidien anglophone, Alan Allnutt, a refusé de commenter cette information lorsqu'il a été contacté par La Presse canadienne après le vote des employés.

Dans des communiqués diffusés hier, le parti Québec solidaire a donné son appui aux travailleurs du Journal de Montréal, tandis que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec s'est inquiétée «sérieusement des conséquences du lock-out des journalistes du Journal de Montréal sur la qualité de l'information à court et à long terme».

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Avec La Presse canadienne

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