La coalition fédérale aura marqué 2008

Jack Layton, Stéphane Dion et Gilles Duceppe ont tenté de former une coalition gouvernementale pour chasser les conservateurs de Stephen Harper. Le chef du PCC a finalement obtenu de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, la prorogation du Parleme
Photo: Agence Reuters Jack Layton, Stéphane Dion et Gilles Duceppe ont tenté de former une coalition gouvernementale pour chasser les conservateurs de Stephen Harper. Le chef du PCC a finalement obtenu de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, la prorogation du Parleme

Ottawa — L'animal politique à trois têtes qui a presque dévoré le gouvernement minoritaire de Stephen Harper en décembre figure en tête des événements qui ont marqué l'année 2008 au Canada, selon les rédacteurs en chef des médias écrits et électroniques du pays sondés par La Presse canadienne.

Cette tentative des partis d'opposition aux Communes de former une coalition gouvernementale pour chasser les conservateurs de Stephen Harper a été choisie «événement de l'année» par 36 % des répondants au sondage.

Même l'effondrement des marchés boursiers de cet automne n'est pas parvenu à surpasser l'intérêt du projet de coalition qui, par son caractère dramatique, a provoqué de très fortes réactions au sein de la population canadienne, ont conclu les répondants au sondage.

«Rien ne laissait présager une fin d'année aussi mouvementée à Ottawa, avec des implications aussi graves pour l'état de la démocratie parlementaire et le débat sur l'unité nationale», a commenté la directrice de l'information au quotidien Le Devoir, Josée Boileau.

L'éditeur du Kamloops Daily News, Mel Rothenburger, a fait part de son étonnement face à l'intérêt qu'a suscité la coalition. «Qui aurait cru que cette bande de politiciens ennuyeux pourrait mettre les Canadiens dans un tel état?», a-t-il écrit.

Les rebondissements de la coalition, qui ont défrayé les manchettes pendant deux semaines au début du mois de décembre, ont récolté 48 voix sur 133 dans le sondage, comparativement à 44 voix pour la crise financière automnale, qui présageait d'une crise économique mondiale.

L'opposition piquée au vif

Les deux nouvelles sont néanmoins liées. Sans la crise économique, les trois partis d'opposition aux vues divergentes n'auraient pas eu l'impulsion nécessaire pour se réunir dans le but de faire tomber le gouvernement conservateur.

Stephen Harper a piqué au vif les libéraux, les néo-démocrates et les bloquistes en invoquant la crise économique pour justifier une mesure qui étranglerait financièrement ses adversaires politiques: retirer aux partis politiques fédéraux les subventions de 1,95 $ par suffrage exprimé.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a jeté de l'huile sur le feu de l'indignation de l'opposition dans sa mise à jour économique en évitant de chiffrer le déficit anticipé et en ne proposant pas de véritables mesures pour stimuler l'économie. Il a de plus proposé la suspension temporaire du droit de grève des fonctionnaires fédéraux.

Les conservateurs se sont d'abord moqués d'une coalition ayant comme meneur le mal-aimé Stéphane Dion. Le chef libéral s'était plus tôt fait montrer la porte par les instances de son propre parti après avoir présidé aux pires résultats électoraux de la formation politique, à peine six mois auparavant.

Mais 24 heures plus tard, Stephen Harper devait déjà se battre pour la survie de son deuxième gouvernement minoritaire.

Le premier ministre conservateur a retardé les votes de confiance à la Chambre des communes et a commencé à retirer, une à une, les mesures qui irritaient l'opposition. M. Harper a aussi promis de devancer en janvier le dépôt du budget et d'y inclure plusieurs mesures pour relancer l'économie.

Mais le trio de l'opposition n'a pas bronché. Quatre jours après la présentation de la mise à jour économique, la coalition formée du Parti libéral du Canada et du Nouveau Parti démocratique, soutenue par le Bloc québécois, a été formellement ratifiée sur papier.

Échanges musclés

Les échanges ont été musclés à la Chambre des communes, Stephen Harper assimilant la formation de la coalition à un coup d'État — même si des experts ont soutenu que cela respectait la démocratie parlementaire. Le premier ministre conservateur a aussi vilipendé Stéphane Dion pour avoir «fait son lit avec des socialistes et des séparatistes». Des manifestations pro et anti-coalition se sont ensuite tenues un peu partout au pays.

«La saga illustre parfaitement à quel point la politique fédérale est devenue conflictuelle, et en dit beaucoup sur le style et la vision de notre premier ministre», a fait valoir le directeur de l'information du quotidien The Chronicle Herald d'Halifax, Dan Leger.

Stephen Harper a finalement obtenu de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, la prorogation du Parlement jusqu'au 26 janvier.

Les hostilités reprendront donc au début de 2009, mais avec un nouveau chef à la tête du Parti libéral et de la coalition, l'ex-professeur de l'Université Harvard Michael Ignatieff. La réponse de Stéphane Dion à l'adresse à la nation de Stephen Harper, sous la forme d'une vidéo floue, mal cadrée et remise tardivement aux télédiffuseurs, aura finalement eu raison du chef en sursis.

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