Les médias anglophones se méfient de la Cour suprême

Des 68 jugements rendus par la Cour suprême du Canada en 2000-01, c'est la cause de Robert Latimer qui a été le plus médiatisée par les médias canadiens, à importance égale entre médias francophones et médias anglophones.

Mais il existe tout de même des différences entre les couvertures journalistiques des deux groupes linguistiques. Ainsi, les journaux anglophones présentent plus d'articles négatifs sur le rôle de la Cour suprême que les journaux francophones.


«Il existe au Canada anglais un courant anti-Cour suprême qui trouve que la cour se substitue trop au Parlement, explique Florian Sauvageau, un des co-auteurs de l'étude. Ce courant, qui est inexistant au Québec, transparaît dans quelques chroniques et éditoriaux au Canada anglais.»


À l'occasion du congrès annuel du Barreau du Québec, l'«équipe de recherche sur la Cour suprême et les médias» a présenté les premiers résultats de ses travaux. Ce projet de recherche est sous la responsabilité de David Taras, de l'université de Calgary, et de Florian Sauvageau et Valérie Langlois, de l'Université Laval.


Le groupe a étudié la couverture de la Cour suprême dans six journaux, Le Devoir, La Presse, Le Journal de Montréal, le Globe and Mail, le National Post et le Toronto Sun, et quatre réseaux, TVA, Radio-Canada, CTV et CBC, pendant l'année 2000-01.


Pendant cette période, 724 articles et reportages ont été publiés sur les activités de la Cour suprême, dont 87 % dans les journaux. On remarquera que 50 % de tous les articles publiés l'ont été dans deux journaux, le National Post et le Globe.


Pendant la période étudiée, 46 % des reportages ont porté sur seulement dix causes. «Il est clair que les activités de la Cour suprême sont maintenant bien couvertes par les médias, de dire Florian Sauvageau. Mais cette couverture porte essentiellement sur des cas particuliers, des causes individuelles qui frappent l'imagination. On trouve très peu d'articles consacrés par exemple aux grandes tendances de la cour, à l'évolution de ses décisions.»


Les cinq causes les plus médiatisées pendant la période étudiée portaient sur des enjeux de société et des enjeux moraux qui intéressent tout le monde. La cause Latimer, bien sûr, sur le suicide assisté, puis la cause Sharpe, sur la pornographie, la cause Burns/Rafay, sur la peine de mort (la cour étudiait l'extradition aux États-Unis d'un homme qui risquait la peine de mort), la cause Hudson, sur l'interdiction des insecticides par une municipalité, et enfin la demande d'appel présentée par le Hells Angel Nomad Maurice Boucher.


Si, pour le moment, le groupe de travail mène surtout une recherche statistique, il est question à plus long terme de rédiger un livre qui ferait une analyse plus qualitative du type de couverture offert par les différents médias.