Soirée de montagnes russes

Bernard Derome présentait à Radio-Canada sa 21e et dernière soirée électorale, un record qui risque de ne jamais être battu. Photo: Radio-Canada
Photo: Bernard Derome présentait à Radio-Canada sa 21e et dernière soirée électorale, un record qui risque de ne jamais être battu. Photo: Radio-Canada

Les réseaux de télévision ont d'abord tué le suspense: dès 20h13, le réseau anglais CTV annonçait que le prochain gouvernement serait libéral, suivi de TVA une ou deux minutes plus tard. Comme le disait alors Pierre Bruneau à TVA, «majoritaire ou minoritaire, c'est l'enjeu de la soirée».

L'enjeu en question était réglé très vite: vers 20h34-20h35, à peu près en même temps, Radio-Canada et TVA annonçaient tous les deux un gouvernement libéral majoritaire. Mais, encore là, CTV les avait précédés de quelques minutes.

Donc, il semblait n'y avoir aucun suspense. Mais plus la soirée avançait, plus les résultats des urnes ont donné des sueurs froides aux patrons des réseaux de télévision. Car cette fameuse majorité libérale ne tenait plus qu'à une circonscription vers 21h30, et les commentateurs prenaient graduellement conscience qu'ils avaient peut-être un peu trop rapidement procédé aux annonces officielles! Et comme l'affirmait candidement en ondes le péquiste Bernard Drainville, «nos sondages ne nous donnaient pas autant de comtés».

Au-delà de la course qui permet de décréter quel réseau fera l'annonce du résultat électoral officiel, les deux grands réseaux francophones ont offert sensiblement la même qualité de graphiques et de tableaux. Quoique Radio-Canada proposait une sorte de carte en trois dimensions utilisée quelquefois.

Évidemment, en parallèle aux résultats électoraux, un des événements de la soirée, c'était le fait que Bernard Derome présentait à Radio-Canada sa 21e et dernière soirée électorale, un record qui risque de ne jamais être battu.

Curieusement, en attente du dépouillement des premières urnes, Bernard Derome avait commencé la soirée sur un ton léger, presque primesautier, expliquant qu'une telle soirée peut se faire dans la bonne humeur, saluant son «collègue jovial Michel C. Auger».

Mais la réalité de cette élection, elle, était d'emblée bien située dans l'introduction de Bernard Derome: une campagne québécoise qui a commencé peu de temps après l'exaltation de la campagne historique américaine, disait-il en substance, et qui se termine dans l'intensité dramatique de la crise à Ottawa.

Les résultats de la soirée étaient évidemment très difficiles pour l'ADQ. En entrevue à TVA à 20h45, l'organisateur de la campagne adéquiste, Jean-Simon Venne, avait vraiment l'air très déprimé. «La campagne a commencé dans l'indifférence et s'est ensuite déplacée à Ottawa, disait-il. On a eu de la misère à livrer notre message... » Et la démission-surprise de Mario Dumont a évidemment procuré un moment de télévision intense, laissant le nouveau député adéquiste Gérard Deltell abasourdi.

La difficulté pour la campagne provinciale de s'imposer totalement dans les médias, évoquée plus haut, est illustrée par les chiffres fournis hier par Influence Communication. La crise politique à Ottawa avait occupé 11,1 % de l'espace médiatique depuis une semaine dans les médias québécois, selon les calculs de cette firme, alors que la campagne provinciale avait occupé 4,89 %.

Le pari de Jean Charest de tabler sur l'économie était également bien illustré par cette autre statistique: l'économie a occupé 23,5 % de l'espace médiatique dans cette campagne, alors que, lors de la campagne de 2007, l'économie n'avait représenté que 5,28 %.

Signalons que, contrairement à l'élection québécoise de 2007, ni Télé-Québec ni TQS n'offraient hier soir de soirée électorale. Télé-Québec a probablement conclu qu'il ne servait à rien d'investir dans un spécial Bazzo.tv comme en 2007, qui avait attiré environ 50 000 téléspectateurs. Quant à TQS, qui n'a plus de salle de nouvelles, il était vraiment surréaliste d'entendre, vers 22h40, alors que l'histoire politique était en train de s'écrire, les participants de 110 % s'enflammer pour savoir quand Kovalev se réveillera...

Dernier détail: les rédacteurs de Wikipédia sont incroyablement rapides et allumés: avant 22h30 hier, la démission de Mario Dumont et l'élection de Amir Khadir étaient déjà intégrées à la célèbre encyclopédie Internet!