Témoins de l'art d'ici

Esse, Etc et Vie des arts forment quelque part une grande famille. Outre les histoires de scission jamais totalement évitables (Etc est née après une crise interne au sein de la doyenne de nos revues, Vie des arts), ces trois publications semblent couvrir tout le spectre des arts visuels, ses différentes factions, facettes et formes. Les trois se disent généralistes, mais chacune a son mandat, son lectorat, son identité.

Depuis la disparition de Parachute, principale voix à l'étranger de l'édition québécoise, Esse, Etc et Vie des arts tentent d'occuper cette première marche laissée vacante. Il ne faut pas s'étonner si les trois sont devenues bilingues la même année, en 2007 — Espace et CV, parmi les autres membres de la Société de développement des périodiques culturels québécois, le sont aussi. Et, sur ce plan, disons que Vie des arts s'attaque vertement au marché anglo-saxon, du moins le torontois, en insérant depuis cet automne le supplément English Edition, vendu séparément en Ontario.

Vie des arts, la doyenne

Souvent méprisée par les uns et les autres pour son côté grand public, Vie des arts demeure, veut, veut pas, une institution. Sous la baguette de Bernard Lévy, directeur et rédacteur en chef depuis des lunes, la revue couvre effectivement très large: du commercial à l'actuel en passant par tout ce qui est muséologie. On reproche peut-être à la publication, fondée en 1956, ses trop nombreuses alliances avec les institutions, justement. Des entrées dans les musées offertes aux abonnés, un cahier annuel consacré au Symposium de Baie-Saint-Paul et publié avant sa tenue...

Vie des arts se distingue par la grande place qu'elle donne à la peinture. Sans être démesurée, elle ne fait finalement que prendre le pouls du marché. La publication n'est pas en reste de bons coups, tel ce survol des galeries marginales, émergentes, proposé une fois l'an. Ou encore le petit glossaire célébrant ses 50 ans qui énonçait, sans la prétention de tout dire, bien des vérités du milieu de l'art, avec humour et grâce.

Esse, l'irrévérencieuse

Multidisciplinaire et interdisciplinaire, Esse arts + opinions est peut-être le plus politisé de nos périodiques. Fondé en 1984 par des artistes, il reflète souvent, dans ses choix de textes et de thèmes, une certaine réalité sociale. Selon Sylvette Babin, qui a hérité de la direction il y a une dizaine d'année, Esse prend position sur la situation de l'artiste. «Esse affirmait [dès ses débuts] que les artistes voulaient prendre la parole», dit-elle dans la capsule vidéo mise en ligne par la SODEP.

Ouverte à bien des disciplines, du cinéma d'auteur au théâtre expérimental, Esse se caractérise par la valorisation des pratiques plus marginales, hors les murs. «On s'intéresse aux formes d'art un peu moins convenues, dit Sylvette Babin, à la limite un peu plus irrévérencieuses, qui essaient de sortir des sentiers battus.» Dans le cadre de ses 25 ans, la revue a lancé une série de timbres reproduisant des oeuvres tout aussi irrévérencieuses que le Jouet d'adulte de BGL ou le portrait d'un jeune homme signé Evergon.

Etc, la cadette

Dans cette visée d'internationalisation, Etc a perdu il y a quelques années le préfixe «Montréal» qui la désignait, accentuant sa présence dans l'Europe francophone. Ça ne l'empêche pas de couvrir la scène locale, dans toute son ampleur: cinéma, gravure, sculpture, sociologie de l'art, tout est abordé. La photo aussi, bien sûr. «C'est difficile d'éviter la photographie. C'est sûrement la discipline la plus importante, la plus en vogue, la plus travaillée en art actuel. C'est elle qui entretient des liens avec le cinéma, avec la publicité», dit Isabelle Lelarge, l'âme même de la publication depuis ses débuts, dans la capsule enregistrée par la SODEP.

Pour ses 20 ans, Etc a publié un petit recueil survolant, comme d'autres numéros spéciaux chez les consoeurs, ces années de création. Deux relèves etc 1987-2007 proposait un retour sur vingt artistes chéris par la revue, dix défendus dans le passé (Sylvie Laliberté, Alain Paiement, Jean-Pierre Gauthier...), dix à surveiller désormais, maintenant (Nelly-Ève Rajotte, Yann Pocreau, Catherine Sylvain).

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Collaborateur du Devoir