Revue de Presse - Obama sourit, l'Ontario grimace

Ça ne surprendra personne. La victoire de Barack Obama lors des élections présidentielles américaines de mardi a été accueillie comme un événement «historique». Tout y a passé. Les États-Unis, «phare» de la démocratie. «La victoire de l'espoir». «Un nouveau jour s'est levé sur l'Amérique», de résumer l'Edmonton Journal. On a même fait la comparaison avec Pierre Elliott Trudeau à maintes occasions. Une voix discordante: Lorne Gunter, du National Post, qui compare l'arrivée d'Obama au retour de Jimmy Carter.

Le Halifax Chronicle-Herald, au contraire, parle d'une page d'histoire finalement tournée. L'élection d'un Afro-Amércain à la Maison-Blanche est un «symbole puissant» qui se fait sentir non seulement aux États-Unis mais dans le monde, «un siècle et demi après la sanglante guerre civile américaine au sujet de l'esclavage et quatre décennies après que le mouvement des droits civils a dû mener une dure bataille pour le droit à l'égalité des Noirs».

Roy Clancy, du Calgary Sun, va jusqu'à dire que les États-Unis ont prouvé qu'«ils se sont libérés des chaînes d'un volet les moins glorieux de leur histoire». Le Windsor Star note que les attentes de changement ne seraient pas moindres si McCain avait gagné. «La différence est que les Américains croient qu'Obama peut vraiment y répondre.» Il reste à voir s'ils ont entendu son invitation à la patience lors de son discours de victoire, espère le quotidien.

Le Globe and Mail convient que l'élection d'un premier président noir n'éliminera pas la pauvreté, le racisme et les inégalités, mais Barack Obama a réalisé un pas monumental, lui dont le père aurait pu être puni à l'époque, dans certains États, pour avoir épousé une femme blanche. «Il peut être tentant de dire que la race ou la couleur de la peau ne compte plus. Cette élection, après tout, ne portait pas sur cette question. Il s'agissait de choisir la meilleure personne pour le poste.» Mais le fait que la race n'ait pas été le premier critère de choix est un profond changement en soi, note le Globe. «Enfin!»

Le Winnipeg Free Press pense qu'en fin de compte cette maturité enfin atteinte oblige à reconnaître que la question de la race fut très importante dans cette élection. La race, qui fut longtemps un obstacle, a été largement surmontée, offrant ainsi «le plus grand signe d'espoir que l'Amérique a collectivement appris à y faire face».

Et maintenant?

Nombreux sont ceux qui s'interrogent sur l'homme qui a su insuffler l'espoir et sur ses intentions dans nombre de dossiers. «L'assiette est pleine», dit Clancy, de la crise financière aux conflits irakien et afghan. «Que faire maintenant?» résume Paul Berton, du London Free Press, en évoquant les attentes immenses et parfois irréalistes des Américains. «Ce ne sera pas facile, et Obama va certainement décevoir, plus tôt que tard, écrit-il. Mais, pour l'instant du moins, il semble nettement mieux équipé que la plupart des politiciens de mémoire récente pour faire une vraie différence.»

Le Windsor Star note qu'«avec les grands espoirs viennent les grandes attentes, et de grandes attentes insatisfaites peuvent mener à de grandes et amères déceptions. Voilà le risque de ces moments historiques qui lancent des peuples sur de nouvelles voies, armés d'à peine plus que leur espoir et leur rêve».

Dans le concert d'éloges, des inquiétudes. Pour les relations canado-américaines, par exemple, que viennent éclipser bien d'autres préoccupations. Le Toronto Star invite le premier ministre Harper à rencontrer rapidement le nouveau président et à lui rappeler l'importance des échanges commerciaux entre les deux pays et l'ampleur de l'effort du Canada en Afghanistan. Le Star estime d'ailleurs qu'il faudrait un nouvel ambassadeur canadien à

Washington, afin de faire oublier cette triste histoire de fuite d'une note diplomatique sur les intentions réelles d'Obama dans le dossier de l'Accord de libre-échange nord-américain.

Lawrence Martin, du Globe and Mail, est persuadé pour sa part que l'arrivée d'Obama sonne le début d'une ère nouvelle et plus harmonieuse dans les relations canado-américaines, le président élu ayant des valeurs proches de celles des Canadiens. Au gouvernement Harper de refléter l'enthousiasme de sa population.

Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, pense d'ailleurs que l'élection d'Obama ouvre la porte à un plus grand rôle pour le Canada sur la scène nord-américaine et à un réalignement de la relation bilatérale. Le nouveau président a promis de consulter ses alliés, ce qui veut aussi dire le Canada, ce qui offre des opportunités nouvelles.

Changement de registre

On l'a déjà oublié, mais l'Ontario a rejoint lundi le club des provinces bénéficiaires de la péréquation. L'annonce a eu l'effet d'un choc en Ontario. Ailleurs, on a compati et on s'est inquiété, au point de demander une réforme de ce programme.

Le Calgary Herald était du nombre. Selon lui, quand sept provinces sur dix reçoivent de la péréquation, c'est que quelque chose ne va pas. (Il est déjà arrivé que huit en reçoivent, mais l'Ontario n'était pas du nombre.) Le Herald prend à partie le programme de garderies du Québec qui illustre bien comment l'argent des provinces plus riches permet non seulement aux provinces moins nanties d'offrir des services comparables, mais de meilleurs services. Le Herald rejoint toutefois le Québec en affirmant qu'Ottawa devrait céder un espace fiscal aux provinces au lieu de leur transférer de l'argent sonnant. À court terme, cependant, Ottawa devrait exiger, en échange de ses dollars, la fin de certains programmes universels.

Jim Coyle, du Toronto Star, parle de scénario d'horreur et s'insurge de voir le gouvernement ontarien accepter son sort sans indignation, en blâmant le fédéral et le gouvernement conservateur ontarien qui n'est plus au pouvoir depuis plus de quatre ans.