Concentration de la presse - Lemieux refuse d'intervenir pour ne pas se poser en censeur, dit-elle

La ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux, ne retient pas grand-chose de concret du rapport du comité-conseil sur la qualité et la diversité de l'information. Elle invite ses partenaires à élaborer une charte de l'information ainsi qu'un fonds d'aide à l'information... mais pas question d'une loi sur l'information ou d'un conseil de l'information pour le moment.

La ministre adhère plutôt au principe de l'autoréglementation. Cependant, dit-elle, il faut trouver une façon de rendre plus formels les engagements pris par le milieu des médias.

Mme Lemieux commentait ainsi le rapport du comité-conseil de dix spécialistes, présidé par Armande Saint-Jean, qui lui a été remis la semaine dernière et qui lui proposait un ensemble de mesures administratives et législatives pour contrer les effets négatifs de la concentration de la presse.

Parmi ces mesures, on trouvait la mise en place d'une nouvelle structure gouvernementale, le conseil de l'information, ainsi que l'adoption d'une loi générale sur l'information qui établirait plusieurs exigences, dont celle, pour les entreprises, de dévoiler l'état de leurs revenus et de leurs dépenses.

Interrogée par Le Devoir en marge d'un discours qu'elle prononçait hier à l'ouverture d'une conférence sur la propriété des médias, la ministre Lemieux a évoqué quelques contraintes qui empêchent une intervention plus structurée de l'État: le contexte préélectoral, le fait qu'une partie des médias est réglementée par le fédéral (les ondes électroniques) et la réticence d'une partie du milieu à toute intervention législative dans ses affaires.

Selon la ministre, il n'est pas question, pour le gouvernement, de contrôler le travail des entreprises et des journalistes en leur imposant des balises strictes ou d'exercer un droit de regard sur les contenus. «Je ne veux pas contrôler l'information au Québec, j'ai autre chose à faire, a-t-elle dit. Je suis ministre de la Culture, et non ministre de la Censure.»

Les entreprises de presse et les journalistes ont des responsabilités à l'endroit du public, «notamment en matière de déontologie et de transparence», a rappelé la ministre, mais ce sont les acteurs du milieu qui doivent prendre leurs responsabilités. Les entreprises doivent «engager un dialogue avec le public [et lui] offrir certaines garanties quant à la qualité et à la diversité de l'information», et les journalistes doivent «observer des règles d'éthique reconnues».

En ce qui concerne sa propre intervention, «je regarde ce que j'ai à portée de main» a-t-elle dit, dont, au premier chef, le Conseil de presse du Québec, avec lequel elle veut discuter de ce qu'il faudrait faire pour améliorer son rôle. Elle propose d'ailleurs de jeter «dès maintenant les bases de ce que pourrait être une charte de l'information qui énoncerait des règles fondamentales auxquelles souscriraient les entreprises de presse et les journalistes et qui consacrerait le droit du public à l'information». Ce document doit être un cadre de référence et non un carcan, a-t-elle précisé, et il pourrait éventuellement relever du Conseil de presse.

Mme Lemieux propose également de mieux arrimer les interventions des divers organismes gouvernementaux dans le domaine de l'éducation aux médias, particulièrement en travaillant avec le ministère de l'Éducation pour améliorer l'éducation aux médias dans les écoles.

Elle retient également l'idée de créer un fonds d'aide à l'information, dont la nature demeure plutôt floue pour le moment.

Pour sa part, la porte-parole de l'opposition en matière de culture et de communications, Line Beauchamp, a pris la ministre à partie hier, qualifiant même son attitude d'«indécente».

Selon le Parti libéral, la ministre Lemieux avait précisément demandé au comité d'Armande Saint-Jean de rédiger des recommandations pour un projet de loi... mais «la ministre rejette la proposition qu'elle avait elle-même commandée», a déclaré le PLQ.

Toujours selon le Parti libéral, ce rapport a coûté 100 000 $.