Les journalistes s'inquiètent des conséquences de la concentration de la presse

Les journalistes sont eux-mêmes inquiets du degré de concentration des médias au pays. Selon un sondage réalisé par deux politicologues de deux universités montréalaises, 86 % des journalistes croient qu'une plus grande concentration de la propriété des quotidiens diminue la qualité du contenu des journaux.

Et ils sont 95 % à croire que cette concentration réduit «la crédibilité publique» des journaux.

Ce sondage a été réalisé en janvier par Stuart Soroka, de l'université McGill, et Patrick Fournier, de l'Université de Montréal. Il a été diffusé hier sur le site Internet de l'Institut d'études canadiennes de McGill, qui organise à compter de demain à Montréal une grande conférence sur le contrôle des médias au Canada.

Les deux chercheurs ont fait parvenir des questionnaires à un millier de journalistes dans les neuf principaux quotidiens du pays. Plus de 360 d'entre eux ont été retournés. Du lot, 16 % des répondants proviennent de The Gazette, 15 % du Toronto Star, 14 % du Globe and Mail, 13 % du Ottawa Citizen, 12 % de La Presse, 11 % du Vancouver Sun, 7,5 % du National Post, 6 % du Journal de Montréal et 4 % du Devoir. Plus de 47 % des répondants sont des reporters, les autres étant chroniqueurs, éditorialistes, réviseurs ou cadres.

Non seulement la concentration de propriété inquiète, mais la convergence également, soit le fait pour une entreprise de posséder à la fois des journaux et des stations de télévision: les journalistes interrogés croient à 89 % qu'une plus grande convergence diminue la qualité du contenu des journaux et à 94 % qu'elle réduit la crédibilité des journaux.

Mais les journalistes sont plus divisés concernant le rôle que les propriétaires doivent jouer au sein des journaux. Ainsi, de façon générale, ils sont 83 % à croire que les opinions et les intérêts des propriétaires sont régulièrement reflétés dans le contenu de leur journal. Mais si cette vision est partagée à plus de 95 % par les répondants de The Gazette, du Ottawa Citizen et du National Post, elle n'est partagée que par la moitié des répondants du Globe and Mail et les deux tiers des répondants de La Presse et du Journal de Montréal (elle est partagée par 81 % des répondants du Devoir).

Étonnamment, 56 % des répondants croient que les opinions et les intérêts des propriétaires sont reflétés dans la couverture des nouvelles. Mais ce chiffre cache d'importantes disparités. Cette opinion est majoritaire chez les répondants de The Gazette, du Ottawa Citizen et du Toronto Star. Mais elle recueille l'adhésion de seulement 16 % des répondants de La Presse, de 31 % de ceux du Devoir, de 39 % de ceux du Globe and Mail et de 43 % de ceux du Journal de Montréal.