Citizendium, un Wikipedia version améliorée?

Après le raz-de-marée Wikipédia, Citizendium, un autre projet plus rigoureux d'encyclopédie libre et gratuite sur Internet, promettait une véritable révolution dans le monde du Web 2.0. Un peu plus d'un an après avoir fondé son encyclopédie dissidente, le philosophe étasunien Larry Sanger, devant un succès mitigé, tentera aujourd'hui de convaincre du bien-fondé de son projet toute une communauté de chercheurs réunis à l'École d'été sur la cognition sociale de l'UQAM, qui se termine demain.

Selon lui, deux aspects fondamentaux différencient Citizendium de son «petit frère» Wikipédia: l'obligation de «signer» ses articles et l'apport d'experts triés sur le volet qui vérifieront les articles le plus souvent possible afin d'y apposer un sceau de qualité. «Je ne veux pas que ça devienne un projet universitaire pour les snobs, mais je veux éviter les non-sens et les erreurs de Wikipédia», souligne-t-il.

Lorsqu'il a quitté Wikipédia pour fonder Citizendium (une contraction des mots «citizen» et «compendium»), Larry Sanger débordait d'ambition: Non seulement voulait-il contribuer à ce que «l'humanité soit meilleure», mais il prédisait une expansion exponentielle de son encyclopédie dissidente. «À un moment donné, possiblement très bientôt, Citizendium connaîtra une croissance explosive et quadruplera le nombre de ses contributeurs», avait-il déclaré en entrevue au moment de lancer son bébé, Citizendium (www.citizendium.com). Quinze mois plus tard, il doit revoir ses prévisions à la baisse.

Car, à ce jour, Citizendium — seulement en anglais pour l'instant — compte plus de 7200 articles contre plus d'un million pour le site anglophone de Wikipédia, qui a été fondé en 2001. Un écart qui n'inquiète guère le philosophe spécialiste en épistémologie. «On a fait plus d'articles dans notre premier mois d'existence que Wikipédia ne l'a fait dans le sien», rappelle-t-il. Il précise que, «pour le moment», son objectif n'est pas de dépasser Wikipédia. «On n'a d'ailleurs aucune chance d'y parvenir dans un futur rapproché. Dans deux ou trois ans, beaucoup plus de gens seront intéressés à notre projet. On est en phase de démarrage après tout», poursuit M. Sanger.

«Le mot ne s'est pas passé à notre sujet et c'est ma faute. Publiciser un projet sur Internet est très exigeant. Il nous faudrait beaucoup plus d'articles et d'écrivains. Mais comme c'est du travail bénévole, je ne peux pas trop leur en demander», note l'homme originaire d'Alaska.

Wikipédia par rapport à Citizendium

Pourtant, Larry Sanger ne s'en cache pas: il aimerait bien voir son poulain devenir aussi gros que le monstre encyclopédique qu'il a créé. «Je voudrais que [Citizendium] devienne aussi gros que Wikipédia», soutient-il, en ajoutant que la qualité, la crédibilité et la fiabilité sont ses trois mots d'ordre. Mais l'expansion comporte son lot de craintes, qu'il partage avec un bon nombre de chercheurs en science cognitive. «Ce qui me dérange, c'est que ces sites, tant Wikipédia que Citizendium, pourraient servir pour diffamer injustement quelqu'un», avance-t-il. Pis encore serait le cas d'une encyclopédie remplie d'erreurs qui serait perçue comme une source fiable et crédible de savoir, croit-il.

Pour Pierre-Léonard Harvey, professeur au département de communication sociale et publique de l'UQAM, le fait que le site soit si fréquenté et que l'article soit une sorte de «compromis» des savoirs partagés entre plusieurs personnes semble en garantir naturellement la crédibilité. «Je suis conscient de la controverse, mais c'est une révolution dans le monde de la connaissance qui tranche tellement avec les savoirs figés dans le béton», se réjouit-il. Il ajoute que, selon lui, c'est ce qui se rapproche le plus de l'idée d'intelligence collective.

Même s'il juge «douteux» certains contenus de Wikipédia, Larry Sanger se défend bien de vouloir voir le succès de son frangin péricliter. «C'est une ressource fantastique qui a une portée incroyable. On n'est pas en compétition. Pour moi, ne pas souhaiter le mieux pour Wikipédia revient à douter des effets bénéfiques de tels projets», dit-il, même s'il reconnaît ne plus avoir de contact avec son ancien collègue Jimmy Wales, avec qui il a fondé Wikipédia.

La concurrence lui apparaît même inévitable. «Il va y en avoir d'autres nécessairement. Regardez le nombre de personnes qui ont accès à Internet dans le monde. Il n'y a aucune raison de croire que d'autres n'auront pas envie de se lancer», affirme le philosophe.

En attendant, à travers des initiatives visant à encourager la participation citoyenne, il continue sa croisade contre l'ignorance et pour l'éducation populaire. WatchKnow est un concours invitant les jeunes des écoles américaines à créer de petits vidéoclips illustrant les différents sujets au programme du ministère de l'Éducation. En allant sur le site de Citizendium, tous seront invités à voter pour les meilleurs clips. Une sorte d'American Idol mais qui n'a rien à voir avec la vraie émission, résume M. Sanger, qui prévoit démarrer le programme en septembre.
2 commentaires
  • Chryst - Inscrit 6 juillet 2008 23 h 23

    Version améliorée

    La comparaison avec Wilkepédia est à propos. Sauf que Citizendium est plus sérieux ou veut l'être.

    L'obligation de signer dans ce dernier et le recours à des experts pour la révision des textes y sont ajoutés

  • Pascal Lapointe - Abonné 28 juillet 2008 15 h 58

    Citizendium et la science

    Larry Sanger est venu, une semaine plus tôt, livrer un message similaire aux chercheurs réunis en Suède dans le cadre d'un congrès sur la communication des sciences: en gros, il y rappelait aux scientifiques qu'ils devront changer jusqu'à leur façon de voir leur propre travail, s'ils souhaitent voir progresser de tels outils "participatifs":
    http://www.sciencepresse.qc.ca/node/20896