Médias - Destins croisés et rendez-vous avec l'horreur

Cette photo de Daniel Pearl a été diffusée en janvier 2002 sur Internet par les militants djihadistes qui l’avaient enlevé.
Photo: Agence Reuters Cette photo de Daniel Pearl a été diffusée en janvier 2002 sur Internet par les militants djihadistes qui l’avaient enlevé.

À l'hiver 2002, l'histoire de Daniel Pearl a ému le monde. Ce journaliste du Wall Street Journal avait été enlevé à Karachi, au Pakistan, par un obscur groupe de militants djihadistes qui l'avaient décapité.

Depuis cette mort terrible, sa mémoire est entretenue par une fondation et des prix, et un film a été réalisé à partir du livre de sa femme Marianne, film qui mettait en vedette Angelina Jolie. Bernard-Henry Lévy s'en est mêlé, on s'en souvient peut-être, en écrivant un livre controversé, Qui a tué Daniel Pearl?, mélange de reportage et de fiction qui formulait des hypothèses sur

sa mort.

Ce documentaire, produit pour HBO et dont la version originale était assurée par la célèbre journaliste de CNN Christiane Amanpour, permet de mieux connaître son histoire en collant d'abord aux faits. Les réalisateurs ont par ailleurs choisi de raconter en parallèle l'histoire de Daniel Pearl et celle d'Omar Sheikh, l'homme qui avait organisé son enlèvement. Le contraste est d'autant plus saisissant.

Pearl était un homme très talentueux, musicien accompli qui avait d'ailleurs songé à devenir violoniste, élevé à Encino, dans le sud de la Californie, de parents universitaires et dont la carrière de journaliste était remarquée. Sa nomination comme chef de bureau du Wall Street Journal en Asie était prestigieuse et démontrait la confiance en lui de ses patrons.

Omar Sheikh était un Britannique musulman, né de parents pakistanais, étudiant brillant lui aussi, passionné par les échecs et... le tir au poignet (il remportait des compétitions). Il avait étudié à la prestigieuse London School of Economics. Le documentaire raconte son évolution, son indignation devant le sort réservé aux musulmans et sa dérive vers un islamisme plus radical.

Piégé

La tragique ironie de toute cette histoire, c'est que Daniel Pearl ne correspondait pas du tout au prototype du «méchant impérialiste américain». Il se passionnait pour l'Iran, tentait de mieux faire comprendre l'Islam à ses lecteurs et critiquait les dérives de la politique américaine dans ses pages. Avec sa femme Marianne rencontrée à Paris, il formait vraiment ce qu'on appelle «un beau couple».

Après les attentats du 11 septembre 2001, Daniel Pearl part avec sa femme au Pakistan, où il tente minutieusement d'enquêter sur les activités d'al-Qaïda et les liens possibles entre le Pakistan et les groupes terroristes. Comme tout bon journaliste du Wall Street Journal, il tentait de suivre la «piste de l'argent» pour comprendre comment al-Qaïda était financé.

Le documentaire raconte comment, malgré sa prudence, il a été piégé par Omar Sheikh, qui s'est présenté à lui sous une fausse identité et a gagné sa confiance pendant plusieurs jours en lui faisant miroiter la possibilité d'une entrevue avec un chef spirituel qu'il voulait rencontrer.

Le documentaire, de très bonne tenue, raconte comment le FBI et la police pakistanaise sont parvenus à dénicher ses ravisseurs à l'aide d'une enquête électronique, laisse entendre que les services secrets pakistanais auraient pu être mêlés à l'histoire, explique l'habileté d'Omar, qui avait compartimenté toute l'opération en petits sous-groupes pour qu'on ne puisse pas retrouver Pearl.

Sur la tombe de ce dernier, on peut aujourd'hui lire: «A perdu sa vie dans la poursuite de la vérité.»

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Daniel Pearl: un journaliste et le Jihad sera diffusé le dimanche 15 juin, sur Canal D, 19h.