Revue de presse - Dictature canadienne, pollution et racisme enraciné

Le bilan écologique de Jean Chrétien n'a rien de reluisant, écrivait David Boyd dans le Globe and Mail d'hier. Ce chercheur en droit environnemental à l'Université de Victoria voit dans l'hésitation du gouvernement canadien à ratifier le protocole de Kyoto la meilleure preuve que le premier ministre «se fout des questions liées à l'environnement».

Or, à écouter le gouvernement fédéral, «on serait porté à croire que le Canada est un paradis écologique», un «chef de file en matière de développement durable». Le Canada aurait selon lui «les meilleures pratiques minières», une «gestion forestière durable» et d'excellentes règles en matière de pesticide. «Ces affirmations sont fausses», affirme le chercheur.


Boyd rappelle alors la thèse du chroniqueur du Globe Jeffrey Simpson sur la «dictature gentille» que serait le Canada en raison du pouvoir presque illimité du premier ministre. Or, écrit Boyd, «M. Chrétien a usé de ce pouvoir à au moins 10 reprises pour empêcher l'adoption de lois environnementales». Parmi ces projets de loi, il y avait la loi canadienne sur les espèces menacées, la loi refondue sur les pêcheries et une loi ratifiant une convention des Nations unies sur le droit de la mer.


«La position de M. Chrétien sur le protocole de Kyoto change plus souvent que la météo», fait remarquer Boyd. Sans compter que le Canada a peu fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et maintenant, «le premier ministre tente de rouvrir un accord déjà conclu, et malgré le fait que le Canada a déjà réussi à négocier d'énormes concessions».


En somme, Jean Chrétien serait «le premier premier ministre anti-environnement, sur un pied d'égalité avec des présidents américains tels Ronald Reagan et George W. Bush». Et il y a peu d'espoir à l'horizon, selon Boyd, du moins si l'on observe les aspirants premiers ministres libéraux. Paul Martin, renommé pour être sensible à ces questions, «joue à l'homme invisible». Quant à John Manley et Allan Rock, ils «se sont ligués contre la ratification de Kyoto».


Un lecteur canadien du Globe mais habitant la Suisse écrivait cette semaine que, si le gouvernement du Canada ne ratifiait pas Kyoto, cela affecterait très négativement la réputation du pays en Europe. «Il serait désormais inutile pour les Américains visitant l'Europe de coudre des drapeaux canadiens sur leur sac à dos.»





Les garderies à 5 $, c'est de «l'idéologie» socialisante, affirmait le National Post cette semaine en éditorial. Pire: un système «à deux vitesses». Le journal torontois accueillait ainsi la fin du moratoire sur la création de garderies à but lucratif au Québec, imputant à ce même moratoire la longueur de la liste d'attente où quelque «60 000 familles du Québec n'arrivent pas à trouver une place». Seul le Québec a été si loin pour «rendre illégal le développement des garderies privées». Enfin, maintenant, «grâce à l'entreprise privée», il sera possible de corriger «les énormes défauts du système québécois». Selon le Post, en adoptant le principe des «garderies d'État», le gouvernement n'a pas agi «dans l'intérêt des enfants» puisque, pour bloquer une «place subventionnée» aussitôt qu'elle se libère, «des parents mettent leur enfant en garderie beaucoup plus tôt qu'ils ne l'auraient fait autrement».


La politique des garderies du gouvernement du Québec est «paralysée par la croyance institutionnelle que seul l'État peut fournir de bons services». Bref, si le gouvernement du Québec cherchait vraiment à aider les parents, «il devrait leur donner directement les subventions en leur laissant le choix de la meilleure façon de faire garder leurs enfants. Soit à la maison, par une garderie sans but lucratif ou une garderie à but lucratif.» Le Post parie que, s'ils étaient placés dans une telle situation, on découvrirait que les parents québécois «sont plus sensibles à la disponibilité et à la qualité des services qu'à l'idéologie».





Les souverainistes en général et la loi 101 en particulier sont «racistes». À intervalles réguliers, les lecteurs du ROC (rest of Canada) se le font «rappeler». Le chroniqueur Hartley Steward, du Toronto Sun, s'en chargeait cette semaine. Son texte ressemblait à tant d'autres qu'on aurait dit une sorte de «prêt-à-publier». La recette est simple: il faut d'abord un prétexte, habituellement un cas récent d'enquête de la Commission de protection de la langue française, laquelle est inévitablement qualifiée de «police de la langue». L'histoire, cette fois, est celle d'une dame de 72 ans, Yvonne Friedman, «qui parle anglais, hongrois et allemand, mais pas français». Elle tient un petit commerce de lampes sur Sherbrooke qui, selon ce qu'a rapporté un plaignant, n'offre pas les services en français qu'exige la loi. La commission a envoyé à Friedman une lettre «l'informant qu'elle doit prendre des cours de français ou qu'elle doit embaucher davantage d'employés pouvant s'exprimer en français». Steward ne précise pas si la dame a été condamnée ou si le tribunal lui a imposé une amende. Il enchaîne avec une seconde «victime» de la loi 101, devenue presque une célébrité dans le ROC, Pieros Karidogiannosa. Celui-ci, à qui la commission a aussi demandé d'offrir des services en français, a une entreprise de nettoyage à sec depuis 20 ans. Hartley n'en dit pas plus.


Poursuivons la recette: le chroniqueur qualifie tout cela d'«absurde». Et s'il se veut audacieux, il peut, comme Hartley, ajouter des ingrédients: «Le fait est qu'aucun autre pays — aucun autre pays démocratique, s'entend — n'a trouvé nécessaire de se donner des lois linguistiques comme celles que le Québec s'est employé à appliquer dans les dernières décennies.» Pourtant, écrit-il encore, «l'usage du français au Québec est florissant, l'a toujours été». Ensuite, le chroniqueur doit lâcher le gros mot: «racisme». Mais comment l'appuyer? Deux condiments sont alors incontournables: 1) la colère de Bernard Landry au soir du 30 octobre 1995, dans un hôtel de Montréal, où il reprocha «aux immigrants d'avoir fait perdre le OUI»; et 2) les propos «insupportables et inquiétants» de Parizeau, le même soir, sur le «vote ethnique». Voilà, la preuve est faite qu'une «pensée raciste» sous-tend les «gouvernements passés et présents du Parti québécois». Ils sont «la honte de la Belle province [en français dans le texte, évidemment].» Et il serait temps, dit Hartley, que «les Québécois arrêtent de les appuyer».