Le Coeur découvert - Décevant Tremblay

Une des premières répliques du Coeur découvert, le premier téléroman signé par Michel Tremblay, fait dire au personnage du comédien, angoissé par la perspective d'une critique décapante au lendemain de la première de sa pièce: «Je vais pleurer en ouvrant mon Devoir... »

L'idée n'est pas de faire pleurer qui que ce soit ce matin; seulement, il faut bien dire les choses comme elles apparaissent: franchement, cette production télé fort attendue, centrée sur la vie d'un couple d'homosexuels à Montréal aujourd'hui, ne casse pas la baraque.

Deux épisodes étaient présentés hier devant public au théâtre du Rideau-Vert, là où l'immense dramaturge a créé sa pièce Les Belles-Soeurs en 1968. La télédiffusion de la série de 13 épisodes d'une heure chacun commence demain soir à 21h à la télévision de Radio-Canada, qui célèbre sa cinquantième saison.

Le Coeur découvert est tiré d'un roman de Michel Tremblay publié il y a deux décennies. L'intrigue tourne autour du couple formé de Mathieu (Michel Poirier) et Jean-Marc (Gilles Renaud). Chacun se trouve à un moment charnière de sa vie: Mathieu, un comédien de la télé, débute au théâtre, tandis que son amoureux arrive à la fin de la quarantaine et rêve d'abandonner l'enseignement pour se consacrer à l'écriture. Autour d'eux gravitent plusieurs couples, la plupart homosexuels. Tout ce beau monde se retrouve aux prises avec les grandes et les petites difficultés de l'existence: l'éducation d'un enfant, la maladie d'un proche, les amitiés qui vont et viennent, le démon du midi.

«J'ai placé l'intérêt sur les relations humaines», a résumé Michel Tremblay avant la double projection d'hier. «Je voulais montrer ce qui se passe entre deux hommes ou deux femmes, après la baise.»

À la parution du roman, un critique vraiment méchant avait parlé d'un «Harlequin gay», lui reprochant la banalité du sujet, la mièvrerie du traitement. La transposition au petit écran ne mérite pas d'attaques aussi sévères sans pour autant révéler d'agréables surprises.

Les histoires d'amour et les relations de couple fournissent la trame de fond à une forte proportion de productions pour la télé. Seulement, il y a la manière. Le fait de mettre en scène des homosexuels suscite l'intérêt et démarque le téléroman pendant quelques secondes à peine. Ce qui balaye d'ailleurs l'idée voulant que Radio-Canada ait pu retarder la présentation de cette production, prête depuis deux ans, par peur du scandale, comme le veut une certaine rumeur.

Après, le tout retombe dans les ornières des séries somme toute assez triviales. L'absence d'audace narrative est étonnante de la part d'un des grands maîtres des histoires dramatiques triturées et déconstruites. En fait, comme ils l'expliquaient eux-mêmes hier, Michel Tremblay et son réalisateur Gilbert Lepage ont préféré miser sur la vieille manière télévisuelle des années 60, avec son rythme lent et ses dialogues interminables.

On est donc loin de Seinfeld, si vous voyez ce qu'on veut dire. Ou de La Vie, la vie. Ou de Bunker. Le Coeur découvert dépeint la petite vie rose, quoi, en noir et blanc et en couleurs. Mais rien de plus, malheureusement.